• Matisse et Lydia Delectorskaya.

Lydia Delectorskaya, Muse et modèle de MatisseVoir ici vidéos sur Lydia en cliquant

Née à Tomsk en Russie en 1910, Lydia arrive à Nice en 1930. Après avoir cumulé des petits emplois, elle rencontre Matisse en octobre 1932, et restera auprès de lui 22 ans. Dès 1935, date à laquelle le peintre remarque son expressivité, elle est tout à la fois dame de compagnie de son épouse, secrétaire et modèle. Matisse qualifiera la beauté de Lydia comme étant celle d’« une princesse de glace » et en fera son modèle privilégié.
En 1938, congédiée par Madame Matisse, 
Lydia n’en demeure pas moins indispensable à l’artiste, pour le secrétariat, l’intendance, la manutention et l’assistance en atelier.
Elle veille au calme nécessaire à la créativité de l’artiste, à la logistique, tout en posant pour des tableaux et dessins.
Elle participe aux accrochages des expositions consacrées à l’artiste,
elle assure le suivi de la réalisation des carreaux de céramique et des vitraux de la chapelle du Rosaire de Vence,
elle suit la préparation du musée Matisse du Cateau-Cambrésis en 1952.

Après la mort de Matisse en 1954, Lydia publie deux ouvrages, en témoignage de sa collaboration avec l’artiste : L’apparente facilité, Henri Matisse : peintures de 1935-1939, édité en 1986 chez Adrien Maeght, puis dix ans plus tard, Henri Matisse, contre vents et marées : peintures et livres illustrés de 1939 à 1943, aux éditions Hansma, Paris

  • Picasso et Dora Maar

Printemps 1936 à Paris. C’est le temps de la rencontre entre le peintre destructeur de femmes Pablo Picasso et la talentueuse photographe Dora Maar. Parmi les tableaux du peintre, Dora Maar a été La femme qui pleure. Dans ce téléfilm du réalisateur Jean-Daniel Verhaegue, « ce pas de deux avec Picasso » est magistralement interprété par Thierry Frémont et l’actrice Amira Casar dans le rôle de la belle femme brune « de feu et de glace ». Amira Casar avoue s’être beaucoup investie dans ce rôle. « Depuis que j’ai quinze ans, je m’intéresse à Dora Maar. Elle m’a envoûtée, subjuguée par son regard, à la fois invitant et glaçant, qui vous pénètre et vous tient à distance. Après, je me suis intéressée à son œuvre de photographe », raconte Amira Casar.

Pour la scénariste Joëlle Goron, « ce qu’il y a de fascinant chez Picasso, c’est que, à chacune des sept femmes qui ont partagé sa vie, correspond une période artistique particulière ». Dora Maar « a plutôt représenté les années noires de la guerre d’Espagne et de la Seconde Guerre mondiale ». Ce fut aussi « celle de son engagement politique, avec en point d’orgue la création de Guernica ». Un moment fort dans le film où, après s’être bien imprégné de la blancheur vierge du grand tableau, lui avoir donné pour nom Guernica, le peintre travaille pendant que, derrière lui, Dora Maar et Marie-Thérèse Walter (qui fut sa maîtresse à partir de 1926 et muse de sa période cubiste et néoclassique) se battent comme des chiffonnières. Les vexations subies par Dora Maar et les autres femmes de Pablo Picasso sont nombreuses. Et, souvent, atteignent l’impensable. Jean-Daniel Verhaegue se demande : « Dans quel scénario verrait-on une scène où l’ancien amant (Picasso) viendrait demander à son ancienne maîtresse (Dora Maar) de confirmer, devant sa nouvelle amie, qu’ils ne couchent plus ensemble ? Ou d’adopter une guenon pour rendre jalouse sa compagne ? »

Restituer la relation volcanique ayant existé entre Dora Maar et Picasso n’est pas facile : Amira Casar évoque « une amoureuse transie au-delà de la passion » et un « Picasso, ogre dévorateur, dévastateur avec une mission obsessionnelle sur l’art ». « Avec Dora, Picasso a vraiment son égale face à lui. Il peut jouer au ping-pong. Pour la première fois, il a devant lui une femme qui peut remplir tous les rôles, et il n’aura de cesse de l’humilier », dit-elle.

Pour la comédienne, Dora Maar est « l’icône majeure de l’œuvre de Picasso ». Elle est « dans tous les musées du monde et en même temps c’est une des femmes les plus mystérieuses du XXe siècle ». Dans La femme qui pleure au chapeau rouge, Amira Casar réhabilite avec beaucoup d’intensité Dora Maar. Les deux acteurs ont reçu le prix de la meilleure interprétation au Festival de la fiction de La Rochelle 2010.

Fernand Nouvet dans le site de l'humanité : http://www.humanite.fr/15_02_2011-picasso-et-dora-maar-une-passion-destructrice-465228

 

  • Dali et Gala

Épouse et muse de Salvador Dalí, son véritable nom est Elena Ivanovna Diakonova. Femme mystérieuse et d’une grande intuition, elle sut reconnaître le génie artistique et créateur là où il se trouvait et elle fréquenta de nombreux intellectuels et artistes.

"Je surnomme mon épouse: Gala, Galuchka, Gradiva; Oliva, pour l'ovale de son visage et la couleur de sa peau; Oliveta, diminutif d'Oliva, et ses dérivés délirants: Oliueta, Oriueta, Buribeta, Buriueteta, Suliueta, Solibubuleta, Oliburibuleta, Ciueta, Liueta. Je l'appelle aussi Lionette, parce qu'elle rugit comme le lion de la Metro-Goldwyn-Mayer lorsqu'elle se fâche."



 

Galarina (1945)

  • Giacommetti (1901-1966) et Caroline

1901  Alberto Giacometti naît le 10 octobre à Borgonovo, petit village de la Suisse italienne, dans le Val Bregaglia, à quelques kilomètres de la frontière. Il est le premier fils du peintre et graveur impressionniste suisse Giovanni Giacometti (1868-1933) et d’Annetta Stampa (1871-1964). Il aura deux frères, Diego (1902-1985) et Bruno (né en 1907), et une sœur, Ottilia (1904-1937).

Les peintres suisses Cuno Amiet et Ferdinand Hodler sont les parrains d’Alberto et de Bruno.

Caroline est « le dernier modèle » d’Alberto Giacometti. Leur histoire remonte à novembre 1958.

Giacometti aime se perdre dans les bars de Montparnasse, il en aime l’esprit frivole mais aussi la gravité des êtres qui s’exprime dans la nuit. Il aime surtout les prostituées, elles l’obsèdent.
Caroline a vingt ans, lui soixante et pourtant, « il est attiré par cette inconnue dont il entraperçoit l’âme. Elle est insaisissable ». Elle fume des cigarettes mentholées, boit du Coca-Cola, n’a pas froid aux yeux et forcément, les hommes tombent sous son charme.
Ce qui aurait pu être une banale coucherie est le début d’une romance que les amateurs d’art peuvent admirer sous le nom de « Caroline en larmes » et « Caroline avec une robe rouge », deux huiles sur toile peintes par le maître entre 1962 et 1965. Caroline qui appelle Alberto, « ma Grisaille », découvre un monde inconnu.

"Caroline en larmes"             "Caroline avec une robe rouge"

Chacun se nourrit de sa singularité, est avide de ses propres errements. Alberto l’interroge sur les hommes, tente en vain de sonder l’âme de cette petite, mélange d’effronterie et de sincérité désarmante. Il n’est dupe de rien et se contrefout de l’argent. Il est déjà immensément célèbre et riche. Elle lui réclame une Ferrari rouge comme un caprice d’enfant, il lui offre une MG de la même couleur. Caroline n’est pas une Sainte, c’est ce qui l’aime chez elle, cette sauvagerie, cet abandon et cette furie que la jeunesse offre. Lui, sera bientôt malade.

Franck Maubert a retrouvé cette Caroline et lui a consacré un livre, "le dernier modèle", aux éditions Fayard :

Entre non-dits et désir de parler,elle se livre, exhume ses souvenirs. C’est si loin, les nuits de Montparnasse, les virées en cabriolet, Caroline au volant, Alberto au dessin, croquant la ville, les monuments, les visages, les silhouettes. Elle se demande « comment un tel homme pouvait s’intéresser à une fille comme moi ? ». Il en était fou. Alors, elle se rappelle que la première fois où elle a posé pour lui dans son atelier, Alberto n’y est pas arrivé. Il jurait. La rage du créateur n’avait pas réussi à capter le regard de Caroline, à percer le secret des ses yeux. Il recommencera, dix jours plus tard, pour enfin y parvenir. Elle se souvient d’avoir été éblouie par les sculptures qui se tenaient debout comme des personnes et qui paraissaient si vivantes.

Leur histoire n’est pas simple. Elle s’absente parfois plusieurs jours, il ronge son frein, en souffre, mais ne dit rien. Elle s’est mariée entretemps avec un vieillard de quatre-vingts ans. Leur histoire repart de plus belle. Leur amour est compliqué. Giacometti est marié à Annette et son fidèle frère Diego fait mine d’ignorer cette maîtresse qui roule en grosse américaine et qui porte des talons trop hauts à son goût. Alberto se moque des convenances, car une seule chose compte pour lui : créer. « Qu’est ce que créer ? Faire, faire et refaire. C’est cela créer. Refaire sans cesse. Là où j’en suis » avoue-t-il. Cinquante ans plus tard, entre ses canaris en liberté et un verre de Campari posé sur une table basse, Caroline se confie. Maubert avance à pas feutré face à cette dame âgée qui traverse une mauvaise passe. Il se fait tout petit. Il se glisse dans le moindre des espaces qu’elle laisse, s’y engouffre pour obtenir enfin quelques « révélations » comme ce séjour à Londres et la rencontre avec un Francis Bacon passablement alcoolisé.

Maubert dit de Caroline : « tout en elle n’est que fragilité jusqu’à ses sourires qui ponctuent son mutisme ». Ils descendent ensemble manger une grillade sur une terrasse. Elle picore dans son assiette, non sans avoir préalablement rehaussé ses minces lèvres d’un rouge discret et s’être parfumée d’Heure Bleue. Il remonte dans son appartement. Cette fin d’après-midi ressemble à un film d’Ettore Scola. Il lui lit quelques lignes de Belle du seigneur, lui montre les photos de son amour passé, quelques mots griffonnés de sa main, toute une vie enfouie… Elle aurait aimé avoir un enfant de lui, elle n’aura même pas un dessin. Mais, ces deux-là se sont aimés. Quel plus bel héritage ! Le dernier modèle est un roman pudique et puissant comme un crayonné d’Alberto. A lire au soleil couchant de la Méditerranée.

D'après l'artIcle en ligne de Causeur.fr : http://www.causeur.fr/la-derniere-muse-d%E2%80%99alberto,17261

Van Gogh et  Christine (sien)

Van Gogh ne peint pas les hommes et les femmes pour leur personnalité, mais pour un trait, un geste, une attitude (le plus souvent liée au travail) : des bêcheurs, des semeurs, des laboureurs.

C'est la figure qui l'obsède. Il peint sa compagne d'un an et demi (surnommée Sien), ancienne prostituée, n'était-elle pour lui qu'une figure : il en a fait deux dessins symboliques (The Great Lady et Sorrow).

Même si l'on réussit parfois à mettre un nom sur ses portraits, ils sont fondamentalement anonymes. Que le vrai prénom de Sien ait été Christine, qu'elle ait été sa compagne, elle reste une fille désespérée.

Vincent van Gogh's Nude Woman, Half-Length (The Great Lady) Letter Sketches

La grande dame, 1882

C'est son modèle Christine Sien qui ne cesse de poser pour lui, à La Haye. Vincent commence sa vie de peintre, au point de mettre en péril ses rapports sociaux. Il veut"Faire voir ce que sans la peinture, ils (les gens) ne verraient pas." Vincent ne peut rien changer à sa nature ingrate: "d'abord mon aspect, ma façon de parler, de m'habiller, ensuite le milieu que je fréquente.

Il veut fonder un foyer avec cette prostituée, qui attend un enfant de lui, mais il a peur que son frère Théo ne lui coupe les vivre s'il se marie alors qu'il ne veut aider que le peintre.

 

  • Pierre Bonnard et sa femme Marthe :

À 26 ans, Pierre Bonnard rencontre Marthe. Elle devient son modèle favori et les célèbres peintures de nu qu’il en brosse pendant plus de 50 ans sont de purs chefs-d’œuvre.

En 1893, sur la butte Montmartre, le jeune peintre débutant croise une jeune femme d’une grande beauté. Il en tombe aussitôt amoureux. Persuadé qu’il n’a pas à chercher plus loin l’inspiration et qu’elle sera sa muse en chair et en os, il la suit puis l’aborde. Elle lui dit s’appeler Marthe de Méligny mais sa véritable identité est Maria Boursin. Elle lui dit qu’elle a 16 ans mais elle en compte en vérité 24. Bonnard en a 26. Plutôt effacé de nature, il porte binocle et barbichette. Qu’importe, la belle se laisse compter fleurette et une grande histoire d’amour commence. Une grande et radieuse histoire de modèle et de peinture, surtout.
À l’exception d’un seul, Bonnard n’avait jamais peint de nu avant de la rencontrer. Dès lors, il en multiplia les images. Marthe ne pose pas, Bonnard la peint et la dessine de mémoire. Il n’a de cesse de l’observer, de lui voler à la dérobée un geste, un mouvement, une attitude. Sa présence au quotidien suffit au peintre pour en décliner toute une avalanche d’images.
À l’inventaire de son œuvre, on dénombre pas moins de 146 tableaux et quelque 717 dessins dont  Marthe est modèle ! Un festival d’images inventives et lumineuses.


Marthe, sa maîtresse puis son épouse à partir de 1925, a été son modèle favori. Ce mariage mit fin au ménage à trois entre Bonnard, Marthe et Renée Monchaty – modèle, muse et maîtresse du peintre depuis 1918 — qui se donna alors la mort.