Maupassant qui aimait canoter, a sympathisé avec le célèbre peintre impressionniste, Renoir dont le fils jean Renoir a porté à l'écran le roman, "une partie de campagne".
Renoir disait de l'écrivain :" Il voit tout en noir !" Et ce dernier disait du peintre : "Il voit tout en rose".
Maupassant fréquente les milieux littéraires. Flaubert auquel il rend fréquemment visite au Croisset, le conseille. Il participe aux jeudis de Mallarmé et fait partie du groupe naturaliste réuni par Zola à Mèdan dans les Yvelines.
La nouvelle de Maupassant "Boule de suif" connaîtra un brillant succès, comme "la maison Tellier". Il écrit plusieurs romans dont "une vie", "Bel-Ami"...
Malheureusement, après la mort de son frère dans un hôpital psychiatrique, après avoir été atteint par la siphillis, il tente de se suicider, le 1er janvier 1892. Il sera alors interné et mourra peu de temps après en 1893. Zola prononcera son éloge funèbre.



Renoir, "les canotiers à Chatou"

Les Impressionnistes ont une prédilection pour les sites au bord de l'eau, les vues tranquilles de villages, et les petites villes de la région parisienne – Louveciennes, Marly, Argenteuil, La Celle-Saint-Cloud, Bougival, Chatou . Quelques sites traités par les Impressionnistes leur doivent leur renommée, comme la Grenouillère, établissement de bains situé au bord de la Seine, à Bougival, très fréquenté par les Parisiens en fin de semaine.
Profitant de la résidence des parents de Renoir à Louveciennes, Monet et Renoir travaillèrent à Bougival pendant tout l'été 1869. Sa guinguette, ses bains et ses canots sur le fleuve constituent autant de prétextes à des toiles scintillantes de couleurs. À l'opposé des paysagistes classiques, qui réalisaient des vues champêtres vides de présence humaine, ou parfois animées de nymphes ou de dieux, les Impressionnistes se concentrent sur les frondaisons ombrageant la promenade, les reflets du fleuve, l'activité des nageurs et des canotiers, l'animation de la foule.

Les naturalistes et les impressionnistes ont ensemble un regard sur le réel, mais pour les impressionnistes, il s'agit d'un réel tels qu'ils le ressentent et qui évolue en fonction de la lumière de la journée ou de la saison(Voir la série sur les meules à Giverny de Claude Monet).

Revenons aux canotiers que Maupassant a pu croiser, fréquentant le même milieu.En 1789,1880,1881 Renoir ne participe pas aux expositions des impressionnistes. 
En 1880, il rencontre une jeune modiste de 20 ans , Aline Charigot qui travaille près de son atelier. Elle posera souvent pour lui et se marieront et auront 4 garçons dont Jean, le cinéaste.Avec Aline, il se rend souvent à la Grenouillère où il peindra Claude Monet.

Le déjeuner des Canotiers (1881) - The phillips Collection, Washington (grand format: 150 K)

 Renoir, "Déjeuner des Canotiers", (avril-juillet) 1881. 
Toile de 130 x 173 cm.

Il a réuni, sur la terrasse de l'Auberge du Père Fournaise, tous ses amis et modèles pour participer à cette grande oeuvre.
Au premier plan, à gauche, Aline joue avec son petit chien. Derrière elle se tient Hippolyte Alphonse Fournaise, le fils du propriétaire de l'auberge. Accoudée à la rambarde, Alphonsine Fournaise, sa soeur, écoute le Baron Raoul Barbier assis dos tourné. Ce dernier, ancien officier de cavalerie, avait la réputation d'être un amateur de canots, de chevaux... et de jeunes femmes.
Au premier plan, à droite, se trouve le peintre Gustave Caillebotte
, régatier, architecte naval ... et millionnaire, premier mécène des impressionnistes. Assis à califourchon sur une chaise, il écoute discrètement l'actrice Ellen André tandis que Maggiolo, directeur du journal "Le Triboulet "se penche vers elle.
Derrière eux, le petit groupe est formé du journaliste Paul Lhote avec un pince-nez, d'Eugène-Pierre Lestringuez et de l'actrice
 de la Comédie Française Jeanne Samary.
Au centre, le modèle Angèle boit, assise à côté d'un homme dont on aperçoit juste le profil.

Quant au jeune homme, l'inconnu du tableau dont on ne découvre que le visage, on raconte qu'il pourrait s'agir de Renoir qui se serait planté là pour éviter une composition à treize personnages qui aurait rappelé "La Cène
".  Derrière Angèle se tient le financier Ephrussi coiffé d'un chapeau haut de forme. Editeur de La Gazette des Beaux-Arts, il converse avec le poète Jules Laforgue. En arrière plan, au travers des saules miroite la Seine sur laquelle passent des voiliers.

Fichier:G. Caillebotte - Les Périssoires (1878).jpgFichier:G. Caillebotte - Voiliers à Argenteuil.jpg

  Caillebotte, "Voiliers à Argenteuil", 1888

 


Caillebotte, "Les périssoires", 1878

  •  La grenouillère :

Fichier:Claude Monet La Grenouillére.jpgFichier:Renoir11.jpg
Par Claude Monet, "La grenouillère", 1869                    La Grenouillère par Renoir, 1869

 Zola, le naturaliste en littérature a été le premier a défendre Manet.

Émile Zola manifeste très tôt un vif intérêt pour la peinture.
Il s'intéresse surtout aux artistes rejetés par la critique officielle.
En 1866, il écrit sur Manet dans La Revue du XXe siècle et le défend à nouveau l'année suivante, à l'occasion de son exposition particulière organisée en marge de l'Exposition Universelle.
Zola considère l'artiste, contesté par les partisans de la tradition, comme l'un des maîtres de demain dont la place est au Louvre.

Manet ne sera pas un ingrat, il fera son portrait et peindra des personnages des Rougeon-Macquart.

 Edouard Manet 049.jpg

 Émile Zola peint par Manet en 1868

On aperçoit accroché au mur du bureau de Zola une Vénus, celle peinte par Manet à la manière d'un classique de la renaissance italienne, Le Titien, pour contrer les critiques de l'époque qui trouvaient sa Vénus trop vénale.(Voir l'article consacré à Vénus).

En 1863 le jury a refusé déjà le célèbre "déjeuner sur l'herbe" ; ses membres lui préfère cette vénus que Zola qualifie "de délicieuse Lorette,... une sorte de pâte d'amande blanche et rose".

 

Fichier:1863 Alexandre Cabanel - The Birth of Venus.jpg
La naissance de Vénus par Alexandre Cabanel en 1863


- Cinéma -


Jean Renoir, fils du peintre Auguste Renoir, adaptera la nouvelle de Maupassant, "une partie de campagne", en 1936. Ce film restera inachevé et ce n'est qu’après la guerre que ce film est enfin diffusé, terminé par Marguerite Renoir qui l'a monté.

La séquence de la balançoire d’Une Partie de campagne de Jean Renoir cite le célèbre tableau de son père Pierre-Auguste Renoir La Balançoire (1876), s’inscrivant parfaitement dans le projet même du film, adaptation de Guy de Maupassant qui permet au cinéaste, à partir d’un canevas simple, de « broder » selon ses propres mots, d’évoquer l’époque, les lieux et les figures de l’œuvre de son père et, plus largement, de l’impressionnisme.

 

Elle a l’air rêveuse cette toute jeune femme, suspendue dans l’air par cette escarpolette.
A gauche tout près du bord du tableau une enfant très petite regarde l’homme qui parle à cette jeune femme avec un regard émerveillée.
Ces jeunes gens encore près du souvenir de l’enfance ne la regardent plus déjà, mais elle est toujours là en eux, on joue maintenant à d’autres jeux, mais l’enfance elle continue de les regarder.

 

  • A bord de l'eau :

    - claude monet



    "Au bord de l'eau, Bennecourt", claude Monet (1868)

"Sur les conseils d'Emile Zola, Monet s'installe à Gloton, hameau de Bennecourt, avec sa femme et son fils, en 1868.
Ce premier séjour manque de se terminer tragiquement. Mis à la porte de l'auberge "nu comme un ver", perclus de dettes, il se jette dans la Seine. Ce sera le seul acte de désespoir du peintre.
Des toiles créées à Bennecourt au printemps 1868, on ne connaît qu'un croquis et ce tableau longtemps appelé "La Rivière" faute de localisation précise. Il représente Camille, sa femme, assise dans une île, face à Gloton, et les maisons habitées par Zola et Monet en 1868 qui se reflètent dans l'eau."

Au 19è et au début du 20ème, les bourgeois parisiens goûtaient les joies des rivières et des fleuves (dont la Seine ; s'y baignaient ; y pêchaient ou canotaient comme Maupassant :

- s'y baignaient comme dans ce tableau de Georges Seurat "une baignade à Asnières", tableau qui peut être qualifié de  "pointilliste", technique un peu différente de celle des impressionnistes qui ont pourtant souvent peint les bords de l'eau.

Une Baignade à Asnières, 1884, Georges Seurat.

 

 

  • Jean Renoir qui  adapté "partie de campagne" en 1936 :

C’est le deuxième fils du peintre Auguste Renoir.

Ses films ont profondément marqué l’histoire du cinéma français.

Quelques films célèbres :

  • Nana (1926)
  • Le Crime de monsieur Lange (1936)
  • Partie de campagne (1936)

Sur cette affiche du film de Jean Renoir, on reconnait la robe d'Henriette qui est dans les bras du canotier. C'est celle du tableau de son père, "la balançoire".

En ce beau dimanche de l’été 1860, M. Dufour, quincaillier à Paris, part pour la campagne en compagnie de sa belle-mère, de sa femme, de sa fille Henriette et de son commis Anatole (son futur gendre et successeur) dans la voiture de son voisin le laitier. Ils choisissent l’auberge du père Poulain pour déjeuner sur l’herbe. Deux ” canotiers “, Henri et Rodolphe, entreprennent de faire la cour aux deux femmes. Après le repas, tandis que M. Dufour et son commis s’en vont pêcher avec les lignes prêtées fort obligeamment par les deux compères, ceux-ci emmènent les dames faire une promenade en barque. La mère se laisse entraîner dans un fourré par l’entreprenant Rodolphe, sa fille connaît une étreinte brève mais passionnée dans les bras du timide Henri. La pluie met fin à l’idylle. ” Des années ont passé, avec des dimanches tristes comme des lundis. Anatole a épousé Henriette. ” Le jeune ménage revient chez le père Poulain. Henriette rencontre son ancien amoureux sur le lieu même de leur étreinte. Ils ont à peine le temps d’échanger quelques mots que le mari s’éveille de sa sieste. La séparation sera définitive.

La méchanceté de Maupassant se combine à la chaleur humaine de Renoir, et cette très belle chronique d’un dimanche d’été est aussi un conte inquiet, tendre et mélancolique, caustique et troublant. (www.cineclubdecaen.com)

Monet, semble-t-il, est tout aussi présent dans le film que le père de Jean Renoir, comme en témoigne la fin du dernier plan d'Une Partie de campagne qui évoque La Barque (1887), ci-dessous :

  • La Grande Illusion (1937)
  • La Marseillaise (1938)
  • La Bête humaine (1938)
  • La Règle du jeu (1939)
  • Le Carrosse d’or (1953)