Toute sa vie, Paul Signac (né à Paris en 1863 –décédé à Paris en 1935) a peint à l’huile et à l’aquarelle les ports….
En 1929, âgé de 65 ans, reconnu et célèbre, il réalise enfin un projet  : peindre à l’aquarelle 100 ports de France. Cette série dite des Ports de France, exécutée de 1929 à 1931, sera le couronnement de sa carrière d’aquarelliste.

A partir de 1892, Signac, amateur de voile, se rend régulièrement à Saint-Tropez. Sa touche devient alors intuitive et s'agrandit jusqu'à devenir très large, jouant sur le contraste des couleurs pour porter l'intensité lumineuse à son paroxysme.

"Comparé à la luminosité des tableaux aériens de Signac, Seurat semble gris et immobile", ainsi le critique d'art Julius Meier-Graefe décrit-il alors l'intensité chromatique des tableaux de Signac.

Avec Signac un deuxième néo-impressionnisme va naître.

A partir de 1895 Signac "illumine" le néo-impressionnisme avec des oeuvres comme "La bouée rouge" -1895, "Saint-Tropez, l'orage" - 1895, "Voiles et pins" - 1896.

C'est ce néo-impressionnisme libéré, aux couleurs éclatantes et lumineuses, qui influencera plus tard les fauves et les expressionnistes, quand celui de Seurat, plus rationnel, retiendra davantage l'attention des peintres cubistes de par sa "clarté scientifique de conception".


Peu avant 1929, Signac fait la connaissance de Gaston Lévy, homme d’affaires, créateur de la chaîne de magasins Monoprix et ardent collectionneur. Celui-ci devient son mécène. D’emblée, une relation privilégiée s’instaure entre les deux hommes qui partagent beaucoup de convictions artistiques.

L’artiste se décide très vite à soumettre son projet à son nouvel ami et mécène : "Depuis longtemps je rêve de faire une suite importante d’aquarelles sur « Les Ports de France ». J’ai relevé 40 ports de la Manche, 40 ports de l’Océan ; 20 ports de la Méditerranée. En tout une centaine ».
Il lui propose de parrainer cette opération : «Si ce projet avait votre agrément, je commanderais une conduite intérieure C4 Citroën, je prendrais un chauffeur et je partirais en février pour les ports de la Méditerranée. En avril je remonterais vers les ports de l’Océan pour terminer en été les ports du Nord. Je pense qu’il faudrait 5 ou 6 mois de travail, un peu fou ! Je ferais deux aquarelles dans chaque port, l’une pour vous et l’autre pour moi, différentes d’ailleurs, et vous choisiriez celle des deux qui aurait votre préférence. Nous déciderions ensemble du format et du prix. Les marchands n’auraient rien à y voir !"
Signac entreprend son périple dès mars 1929 et achève son vaste projet en 1931.

Réunies dans de beaux albums en cuir, les aquarelles des « Ports de France » furent l’ultime fierté de Signac. Cet ensemble exceptionnel atteste de la vitalité d’un artiste largement sexagénaire, et dit son bonheur de pouvoir ainsi se livrer sans retenue à son sujet d’élection : les ports, les bateaux et la mer. Aussi abouties que variées, ces feuilles témoignent avec éclat d’un plaisir toujours renouvelé à observer l’infinie diversité des ciels, des gréements, des architectures portuaires. Aussi précises que concises ces cent aquarelles se succèdent sans monotonie. Précieusement conservé à l’abri de la lumière et des regards, cet étonnant reportage, dispersé en 1995, n’avait jamais été exposé ni publié.

Exposition coproduite par le musée Malraux et le musée de Roubaix, La Piscine.
Musée Malraux : octobre 2010 - janvier 2011.
Roubaix, La Piscine : février - avril 2011.

Voici quelques aquarelles de cette série :

toulon.1291483811.jpgst-tropez.1291483728.jpg

Le port de toulon                                     Le port de Saint- Tropez

la-ciota.1291483495.jpg

morlaix.1291526769.jpg

Le port de la ciotat                                                                     le port de morlaix

 


 Vidéo du commissaire de l'exposition de Signac

 

Grand canal à Venise (arc en ciel) - 1905


En tant que processus de libération de la couleur par le biais de la division, le néo-impressionnisme eut un impact et un rayonnement considérables dans toute l’Europe.
Au tournant du siècle, de nombreux artistes adoptent provisoirement le divisionnisme, comme un pont leur permettant d’aller vers des voies nouvelles. Matisse en expérimente les possibilités, entre 1899 et 1905, et passe l’été 1904 à travailler auprès de Signac à Saint-Tropez. Son célèbre Luxe, calme et volupté (voir dans ce blog) date de cette année-là. Mais il se lassera des « surfaces sautillantes » pour aspirer à des « surfaces plus tranquilles ». Derain, Braque, Vlaminck s’essayent eux aussi à la division de la couleur. Le fauvisme semble donc découler tout naturellement du divisionnisme.