Tout tableau est un piège à regard...Le rapport du regard à ce que l'on veut voir est un rapport de leurre. Ce n'est pas ce qu'a voulu dire l'artiste qui est important, mais ce qu'il avait à dire effectivement, d'où toutes les interprétations possibles, y compris celles de celui qui regarde.
Sous le regard du visiteur les boites d'allumettes que Prévert emboîte les unes dans le autres deviennent une œuvre d'art. L'art est une représentation de la réalité, un voile qui rend présent l'absence par ce leurre qu'il donne à regarder.

Certains peintre ne peuvent  ou ne veulent cacher cette absence, il la révèle, c'est le cas de Duchamp avec ses ready-made et de Magritte avec cette pipe qui n'en ait pas une et de Malevitch.

Bottlerack 1914 by Marcel Duchamp

Rangement à bouteilles
Duchamp (1914)

 

Magritte, le surréaliste. 

Magritte

Ceci n'est pas un oiseau                  -             Ceci n'est pas un autoportrait de Magritte


Malevitch, l'abstrait
.

Ce carré noir n'est rien...qu'un carré noir en apparence. mais à vouloir peindre l'absence, il ne saisira rien de plus qu'un artiste figuratif. Car tout tableau peint l'absence. Toute peinture est du côté du trompe l'œil et c'est cela qui fascine le regardeur, cela dépasse la notion de beau ou laid.

Qu'est-ce qui peut être entrevu derrière l'œuvre d'art ?

Image illustrative de l'article Carré noir sur fond blanc

Malevitch, Carré noir sur fond blanc

Courbet à l'origine de l'humain ?

 Gustave Courbet,L'origine du monde,© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Gustave Courbet (1819-1877)L'origine du monde1866
Huile sur toile
H. 46 ; L. 55 cm Paris,
musée d'Orsay

Là,il n'y a pas tellement grand chose de caché. On nous met la chose sous les yeux d'une manière ostentatoire et crue. C'est le voile qui semble  ici absent.
Courbet n'aurait pas attribué ce nom, "l'origine du monde", au tableau. Il a répondu à la commande d'un collectionneur privé qui complétait sa collection de tableaux érotiques. Le tableau est à ce moment un objet érotique.
A Orsay, dans le temple des tableaux du 19ème siècle, il deviendra une œuvre d'art (après un passage à Beaubourg) que l'on montre au public raffiné qui y voit ce qu'il veut réellement voir. Le voici au box-office des œuvres d'art les plus chères et il éclipserait presque "la Joconde".
Le dernier possesseur du tableau avant l'État qui le reçut pour paiement des droits de succession, n'était autre que Jacques Lacan qui l'avait fait dissimuler derrière un autre tableau, lui, donné à voir... en trompe l'œil, il fallait bien garder la dignité du bourgeois.
Mais à qui appartient cet entrejambe, sans tête, comme pour dissimuler ce qui n'est encore qu'un objet érotique à cacher.

Décidément, Courbet, ce peintre réaliste donne à voir les trous béants comme dans son œuvre elle aussi exposée à Orsay, "un enterrement à Ornans" sa ville natale du Jura que j'ai déjà eu l'occasion de vous montrer dans un article rédigé pour l'enterrement d'un copain.

Cette origine du monde  aurait été copiée par Magritte parce qu'introuvable.

A qui appartient ce trou dissimilé ?
On ne le voit pas plus dans enterrement à Ornans.

https://profesoresdefrances.wikispaces.com/file/view/enterrement.ornans..jpg/105129103/enterrement.ornans..jpg

De son vrai nom " Tableau de figures humaines, historiques d'un enterrement à Ornans ", la toile de Courbet, de dimensions exceptionnelles, est une galerie de portraits qui compte pas moins de 46 personnages.

La composition monumentale, organisée en frise comme les portraits de confréries hollandaises, est statique et sans perspective. La palette, dominée par des teintes pâles ou sombres, est en accord avec cette cérémonie funèbre dans laquelle une communauté villageoise est rassemblée autour d'une fosse pour enterrer l'un des siens. La scène se passe dans le nouveau cimetière d'Ornans, village natal du peintre, qui montre par ce détail tout son intérêt pour l'actualité locale. Dans ce tableau figurent, de gauche à droite, les employés en uniforme chargés du cercueil, le prêtre, ses enfants de chœur, les sacristains dans leur bel habit rouge, des notables d'Ornans, " deux vieux de la Révolution de 1793 avec leurs habits du temps ", enfin des femmes en pleurs. Tous sont Ornanais.

A quelques exceptions près, tous les personnages de l'Enterrement ont été identifiés. On notera par exemple que le grand-père de Courbet, Oudot, un "sans-culottes", a été représenté à l'extrême gauche du tableau ; les propres sœurs de l'artiste ont posé comme modèles des pleureuses ; Hippolyte Proudhon, avocat à Ornans et substitut du juge de paix, figure au milieu de la toile, avec son nez effilé et son habit noir. La diversité sociale du tableau est remarquable : les petits propriétaires vignerons d'Ornans côtoient les notables, parmi les rentiers, les artisans et les fossoyeurs, sous la direction spirituelle d'un pauvre curé de campagne.
Cette toile fit scandale en 1863, lorsqu'elle fut présentée.
D'abord c'est un tableau aux dimensions immenses, plus immenses que celles du sacre de Napoléon?
Ensuite ce sont des gens quelconques qui sont rassemblés démocratiquement, là pour un enterrement autour d'une tombe ouverte, d'un vide sans nom, cerné par des figures du village.
Courbet n'exhibe aucun mort particulier, il représente n'importe qu'elle mort.
Qu'a-t-il voulut dire ? Qu'a-t-il dit réellement ?
Un critique révulsé par cette toile a éructé :" C'est à dégoûter d'être enterré à Ornans parmi cette laide population."

Courbet installa dans une baraque appelée "pavillon du réalisme" ses œuvres refusées aux différents salons officiels.
Il existait bien vers le milieu du siècle un mouvement réaliste qui ne se nommait pas lui-même ainsi et qui n'avait pas vraiment de cohérence, personne ne pensant à imposer son style.

La peinture réaliste s'affirme donc en contradiction avec les idéaux moralistes qui avaient caractérisé l'art académique.

Les toiles représentent donc maintenant les pauvres, les ouvriers les malheureux, les ouvriers agricoles. Les sujets comme l'exotisme, le sublime, et la spiritualité" sont remplacés par des sujet plus proches  de la vie quotidienne réelle. Outre Courbet, ce mouvement compte  Jean-François Millet et Honoré Daumier.

 

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J.F. Millet - Femme au four à pain (1854)

Jean-François Millet est né en 1814 à Gruchy, petit hameau de la commune de Gréville dans le Cotentin. Il est l'aîné d'une famille nombreuse de paysans pieux et d'une  relative aisance. Son éducation est soignée. Il lit beaucoup Montaigne, La Fontaine, Chateaubriand, Hugo, Shakespeare... ainsi qu'Homère, Virgile et la Bible.

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Le wagon de la troisième classe (1864) par Daumier

Daumier n'était pas qu'un caricaturiste cinglant. Il s'est intéressait aussi aux pauvres gens comme le montre ce tableau.

L'œuvre d'Honoré Daumier (1808-1879), trop longtemps ignorée dans sa diversité, a été redécouverte lors de la grande rétrospective qui s'est tenue au Galeries nationales du Grand Palais à Paris en 2000. Le bicentenaire de la naissance de l'artiste a permis d'approfondir la connaissance que nous avons de lui.

Yves Klein, l'inventeur d'un bleu sidéral

"Je venais de débarrasser mon atelier de toutes mes œuvres précédentes. Résultat : un atelier vide. Tout ce que je pouvais faire physiquement était de rester dans mon atelier vide, et mon activité créatrice d’états picturaux immatériels se déployait merveilleusement. Cependant, petit à petit, je devenais méfiant, vis-à-vis de moi-même, mais jamais vis-à-vis de l’immatériel. À partir de ce moment-là, je louais des modèles à l’exemple de tous les peintres. Mais contrairement aux autres, je ne voulais que travailler en compagnie des modèles et non pas les faire poser pour moi. J’avais passé beaucoup trop de temps seul dans cet atelier vide : je ne voulais plus y rester seul avec ce vide merveilleusement bleu qui était en train d’éclore."


Yves KLEIN : Anthropométrie


Yves Klein "anthropométrie" en bleu Klein





Date d'émission : 1989
Anthropométrie de l’époque bleue, Yves Klein, 1960

En 1957, il entame son "époque bleue", choix de couleur confirmé par son voyage à Assise où il découvre les ciels de Giotto. Il reconnaît en lui le véritable précurseur de la monochromie bleue qu’il pratique : uniforme et spirituelle. Klein met radicalement en œuvre cette monochromie bleue qu’il perçoit chez Giotto, notamment grâce à la texture si particulière de sa peinture qui fait l’objet d’une formule originale, validée en 1960 par l’Institut National de la Propriété industrielle : cette peinture est ce qu’il appelle l’IKB(International Klein Blue). Dès lors artiste de renommée mondiale, il participe à la fondation du Nouveau Réalisme avec notamment Restany et Arman, tout en poursuivant ses recherches personnelles.

Mais les monochromes bleus ne sont qu’un aspect de son travail qui se déploie à travers différentes techniques. A partir de 1960, Klein utilise l’or, le feu, et met en place des œuvres rassemblant une trilogie de couleurs bleue, or et rose. En 1961, il réalise un ex-voto en forme de triptyque qu’il dédie à Sainte Rita ; il organise la même année une exposition en Allemagne, à Krefeld, où il répartit les trois couleurs dans l’espace ; il les utilise pour les faire-part de son mariage avec Rotraut Uecker en janvier 1962 qu’il métamorphose ainsi en œuvre d’art.

Il meurt d’une crise cardiaque en juin 1962.