1. Jérôme BOSCH : "L'escamoteur" (1475)L'Escamoteur, 1475-1480

Bosch met ici en scène une assemblée de personnages diversifiés, parmi lesquels figure aussi une religieuse, qui assiste aux tours de magie d'un charlatan. Le personnage central à la bouche béante, fasciné par le magicien, crache une grenouille, symbole de la crédulité ; il est tellement absorbé par le jeu qui se déroule sous ses yeux, qu'il ne s'aperçoit pas qu'un homme au visage imperturbable lui dérobe tranquillement sa bourse, sous les yeux amusés d'un gamin.

Le tableau de Jérôme Bosch, "L'escamoteur",  fut également nommé "Le Tricheur", "Le Jongleur" ou "Le Charlatan". Il donne à voir une réelle escroquerie :
un bateleur de foire attire les chalands avec une manipulation de noix de muscade et de godets. Ce jeu de prestidigitation est connu depuis l'Antiquité : il s'agit de déposer ostensiblement les muscades sous des godets, de déplacer ceux-ci et de demander à l'assistance de parier sur la localisation des muscades... L'astuce du prestidigitateur consiste, bien sûr, à déplacer les noix sans qu'on le voie et, à ce jeu, notre homme à l'air d'être habile : le vieil homme qui s'est laissé prendre à parier en a "la berlue". Arc-bouté au-dessus de la table de jeu, il fixe les doigts du magicien, il n'en croit pas ses yeux ; le bateleur lui fait avaler des couleuvres (littéralement "des grenouilles"...) La métaphore est clairement symbolisée : une des grenouilles repose sur la table, l'autre est recrachée par le vieil homme ! Mais les tours du magicien ne sont que des divertissements de façade, la réalité de son activité est ailleurs : il fait ses affaires en coulisse, un complice palpe avec jubilation et doigté la bourse qu'il est en train de dérober au "pigeon"...

Notre nigaud est donc doublement trompé :

  • la manipulation du prestidigitateur qui s'opère devant ses yeux au grand jour (et dont il est la dupe et la risée aux yeux de tous) est une ruse au second degré puisqu'elle détourne son attention sur le devant de la scène alors que
  • dans son dos, on le vole !

Le tableau stigmatise la crédulité et met en scène un proverbe célèbre du Moyen Age :
"Qui se laisse séduire des jongleurs perd son argent
et devient la risée des enfants !" 

Dans l'assistance peu de personnages paraissent se rendre compte de la manipulation. Certes, le compagnon de la jolie femme semble lui dévoiler le "pot-aux-roses", mais le petit sourire de sous-entendu et les yeux au ciel de la jeune dame montrent que, loin d'être scandalisée, elle reconnaît en l'escroquerie le train du monde.

A leur gauche, on ne sait si le regard désapprobateur de la nonne et de l'homme sans chapeau (ouvrier/paysan) fustige l'attrait des foules pour le jeu ou l'audace du larcin.

Un peu plus loin, l'homme au chapeau de fourrure marron ferme les yeux et se laisse guider en aveugle par le gros personnage jovial qui semble, lui, s'amuser de la situation.

Dans la composition du groupe du public, un axe vertical présente en alignement : l'enfant qui se moque / la moue grimaçante de dépit du personnage à la tête nue / les yeux au ciel d'un personnage encore plus énigmatique. Ce dernier seul est capable de s'abstraire de la scène. Cette gradation laisse entendre qu'il y aurait différents degrés de lecture et de compréhension du monde : celui du naïf, celui du censeur qui n'est pas celui du saint... (Intuition que retrouve Blaise Pascal dans la Pensée 337.)

De l'autre coté du tréteau, le magicien darde un regard hypnotique : comme si tout ne dépendait que de la puissance de sa concentration mentale. Mais l'accessoire blanc qu'il tient dans sa main gauche montre qu'il est déjà en train de préparer un nouveau tour... A ses pieds, un chien de cirque, affublé en fou, attend "sagement" d'entrer en piste ; sur le coté, un cerceau fait écho à la sphère placée en diagonale à l'extrémité gauche du tableau, et qui englobe un nid de cigogne au bec famélique, symbole du monde : "A qui profite le crime ?"

A sa ceinture, en lieu et place de la bourse que son commis dérobe au naïf, le magicien porte une chouette encagée : dans l'Antiquité, la chouette était le symbole de la sagesse ; au Moyen Age, elle devient le symbole de la rouerie maléfique. La chouette est un oiseau de nuit, elle exploite à son profit l'aveuglement des autres... Elle est à son affaire quand rien n'est clair...

L’escamoteur est réalisé par l’artiste néerlandais , au début de sa carrière.

L'escamoteur de Jérôme Bosch                                                                     

2 - Jeux de cartes

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les Tricheurs, 1594-1595, Le Caravage
huile sur toile

A Rome il se lie d'amitié avec des artistes de l'académie Saint-Luc, l'institution officielle, et peint son premier tableau religieux Madeleine repentante et des scènes de genre, comme les Tricheurs, la Diseuse de bonne aventure et Les Musiciens. Son originalité éclate : un fond neutre, pas de décor, des personnages en action, une extrême précision dans les détails. Mais il continue de vivre dans la pauvreté pendant 4 ans.
 Il est finalement remarqué par le cardinal Del Monte qui, appréciant le réalisme du jeune peintre, lui achète les Tricheurs, le prend sous sa protection et l'héberge dans son palais à partir de 1597. L'artiste y peint entre autres ses premiers grands tableaux religieux et des scènes de genre comme Le Concert et Le joueur de luth.

Le Caravage : Le joueur de luth
. Huile sur toile, 94x119 cm. Saint-Pétersbourg, Ermitage.

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Le Tricheur à l'as de carreau, vers 1635,musée du Louvre, Paris . De Georges de la Tour

Les premières œuvres de de La Tour sont caractérisées par l'influence du Caravage, probablement via ses suiveurs hollandais, notamment dans le choix de scènes de genres mettant en scène tricheries et duperies (Le Tricheur à l'as de carreau ou La Diseuse de bonne aventure par exemple) ou encore des rixes de clochards (thèmes qui ont été popularisés par les artistes hollandais). Ces œuvres sont à placer relativement tôt dans la carrière du peintre - avant 1640 en tout cas.

Contrairement au Caravage, ses peintures religieuses ne présentent pas d'effets dramatiques, si bien que l'on pourrait même les confondre avec des scènes de genres, des scènes de la vie quotidienne (La Nativité de Rennes en est l'un des meilleurs exemples). Cette deuxième phase dans sa production picturale commence à partir des années 1640. Les compositions géométriques et la simplification des formes qu'il met en œuvre montrent bien la particularité de son approche du clair-obscur et des leçons du Caravage, ce qui le met en marge du mouvement ténébriste d'un Jusepe de Ribera et des suiveurs italiens du Caravage.

Le style unique que de La Tour a développé, ainsi que sa prédilection pour des sujets nocturnes au cadrage serré et où la source de lumière n'est la plupart du temps qu'une chandelle, permettent bien souvent de reconnaître d'emblée un tableau comme étant de sa main ou de son école.

 

Fichier:Georges de La Tour 016.jpg

La Diseuse de bonne aventure, vers 1635,Metropolitan Museum of Art, New York

  •  Les frères Le Nain

 

 

                                                                      Moyenne                                                                                                           Joueurs de cartes dans un cabaret c. 1650                                       

 Les joueurs de trictrac (milieu du 17 ème siècle)

Frères Le Nain (Actifs à Paris vers 1628-1650) 
Les Joueurs de cartes
Vers 1635

Dans le tableau de droite "Les joueurs de carte", le sujet de la scène (une querelle à propos d’une partie de cartes), comme la composition (des personnages à mi-corps autour d’un bas-relief antiquisant) renvoient à des modèles caravagesques, en vogue à Rome au début du XVIIèmesiècle.
Mais on est loin ici des tavernes romaines et les personnages ne sont pas des gens du peuple ou des bohémiens, mais des militaires dans la stricte tradition flamande. Ce tableau montre que les frères Le Nain subissent des influences multiples. Ils doivent leur célébrité à leur capacité à passer d’une scène de genre à une méditation poétique : ici, comme dans Le Concert, la présence étrange de la petite fille semble introduire le thème des trois âges de la vie.

  • Les regards de ces personnages en disent également long.


 « Les joueurs de cartes » est un tableau d’Otto Dix peint en 1920. Ce tableau mesure 1.17m sur 0.87m.

Otto Dix peint les conséquences physiques de la guerre. La situation présentée est une scène ordinaire : trois personnes jouent aux cartes. Mais cette banalité est contrebalancée par l'horreur dégagée de ces personnes, véritables "gueules cassées" de la première guerre mondiale. L'aspect  des  joueurs n'a rien d'humain, l'un d'entre eux tient ses cartes avec le pied.

Voilà ce qu'il déclare en 1961 :
« C'est que la guerre est quelque chose de bestial : la faim, les poux, la boue, tous ces bruits déments. C'est que c'est tout autre chose. Tenez, avant mes premiers tableaux, j'ai eu l'impression que tout un aspect de la réalité n'avait pas encore été peint : l'aspect hideux. La guerre, c'était une chose horrible, et pourtant sublime. Il me fallait y être à tout prix. Il faut avoir vu l'homme dans cet état déchaîné pour le connaître un peu.»
Après la guerre il est extrêmement réputé, mais est persécuté dès 1933 pour "bolchévisme". En 1937, les nazis qualifient ses oeuvres de "dégénérées".
Après la seconde guerre mondiale, Otto Dix reçoit de nombreuses distinctions honorifiques en RDA et en RFA mais n'appartient plus à aucun courant artistique spécifique.

3 - Jeux de regards

Vermeer, La lettre d'amour, 1667

Dans la peinture hollandaise du 17 e siècle, l'importance accordée à l'échange épistolaire témoigne du niveau élevé de l'instruction.

D'une façon plus générale, la lettre dans les représentations picturales remplit plusieurs fonctions : indéchiffrable pour le spectateur, elle exacerbe sa curiosité et reste toujours mystérieuse. Afin d'en savoir plus, il faut scruter l'émotion sur les visages et déchiffrer les messages que le peintre nous a laissés dans les objets, les couleurs et la composition de la scène.

Les épistolières de Vermeer sont toutes concentrées sur leur activité, contrariées, émues ou anxieuses. Le spectateur se fait voyeur quand il les surprend. Ainsi, dans la "Lettre d'Amour", il est témoin d'une scène où une dame reçoit une lettre : placé au premier plan, il est derrière un rideau et observe par la porte ouverte un événement important, sans doute, vu l'angoisse du regard que la musicienne jette à sa servante.

Concentrés sur leur jeu.

Fichier:Cezanne The Card Players Metmuseum.jpgFichier:Paul Cézanne - Les Joueurs de cartes.jpg

Les Joueurs de cartes de Paul Cézanne ont fait l'objet de plusieurs versions de la part de l'artiste. La première composition comporte plusieurs personnages, mais au fur et à mesure que Cézanne traite le sujet, il en réduit le nombre jusqu'à aboutir à une composition à deux personnages dont le caractère évoque une nature morte.

Dans la version à quatre personnages, une lumière diurne blafarde à la tonalité bleue et froide domine le tableau.
Les visages et les mains des joueurs sont peints dans un ton chaud d'orange qui indique la concentration, la tension intérieur sous une apparence tranquille. Ce contraste est repris en haut à droite dans la tenture bouffante et dans la blouse bleue du personnage de droite.

4 - Les joueurs secrets

 " LE JOUEUR SECRET " , daté de 1927, il mesure 1,52 m de large sur 1,95 m de long

Dans ce tableau, 2 hommes habillés de blanc jouent avec une batte dans un décor d'arbres-bilboquets .
Une femme bâillonnée apparaît dans une armoire ressemblant à un coffre-fort, à demi cachée par un rideau de scène d'un pourpre très sombre. 
Une tortue géante  sans tête mais au long cou semble nager dans ce décor étrange ou servir de balle aux joueurs .

Ne perçons pas le secret de ces joueurs secrets.
 MAGRITTE disait :

" La psychologie s'occupe de faux mystères ; 
le mystère, lui, pose la toile dans la seule présence picturale au même titre qu'une oeuvre abstraite..."


5 - Joueurs de cartes encore (inspiré de Cézanne ? ) de Fernando Botero.

Mona Lisa de Botero         


6 - Le parc des princes   (Tableau connu de Nicolas de stael qui se suicida à 41 ans )    

 

Nicolas de Staël restitue une balle incandescente d’un rouge aussi vif que la pelouse auquel répond le noir profond rehaussé de touches de blanc, de jaune et de bleu « gauloises ». Les formes naturelles se muent en carrés et rectangles, s’agencent avec la couleur. Les figures s’effacent au profit de la seule sensation de rapiditié du geste sportif.

7 - jouer avec nos illusions...d''optique

 

Octavio Ocampo illusions 02 Octavio Ocampo Illusions doptique en peintureOctavio Ocampo Octavio Ocampo Illusions doptique en peinture

Octavio Ocampo, peintre mexicain qui a la particularité d’avoir réalisé de superbes illusions d’optiques dans ses peintures. 

 

8 - Jeux de balles et ballons

 

Jeu de paume ancien à Paris

Le jeu de paume est pratiqué depuis un millénaire. Initialement joué à main nue ou gantée de cuir, il est ensuite devenu un sport de raquettes.

 

Voderf, BNF, Un siècle d’histoire de France par l’estampe 1770-1870, Vol.9 (pièces 1423-1570, Ancien Régime et Révolution)