Le directeur du Musée d'Art Moderne, Fabrice Hergott, écrit à propos de Basquiat :

« Quand ses tableaux plongent à l'intérieur des corps, c'est une façon de ne pas montrer la couleur de peau. Il répond à ceux qui voient en lui un sauvage faisant une peinture de sauvage... ».

J.M.Basquiat est un artiste contemporain afro-américain (1960-1988).

Il avait beaucoup d'atouts pour devenir un peintre maudit comme Van Gogh, raison pour s'intéresser à lui, à côté d'une autre raison, les cousins de la Région Parisienne nous l'avait fait découvrir en  2003, au charmant musée Maillol de Paris, à taille humaine qui présenta 60 œuvres de Basquiat.
J'avais été décontenancé, à cette époque où je ne connaissais ni la peinture contemporaine, ni Basquiat, par cette visite dominicale, un peu rapide pour moi, l'inculte.
Je sais, c'est impardonnable.

 


La rétrospective du musée d'art moderne de la ville de Paris consacrée à cet artiste (cette rétrospective comporte une centaine d'œuvres), mort d'une overdose à 27 ans, réparera quelque peu mon ignorance. La comparaison avec Van Gogh m'y aidera peut-être ?


L'exposition Basquiat se tient du 15 octobre au 30 janvier 2011.

 

joshua-petker

Un autre artiste contemporain qui a réalisé des graffitis
(n'a-t-il pas été influencé par Basquiat ?)

Joshua Pekter est un peintre américain installé à Los Angeles. Cet autodidacte est très inspiré par les impressionnistes européens comme Monet, Degas, Renoir, Van Gogh ou Klimt. Mais Joshua Petker a appris a manier les couleurs en faisant du graffiti et il dit être un peintre contemporain qui s’intéresse aux thèmes historiques…

Ces 2 peintres (Van Gogh et Basquiat)  n'ont certes pas vécu pendant le même siècle, ni sur le même continent, mais tous deux viennent de famille relativement aisées et plutôt cultivées. Le père de l'un était pasteur, l'autre comptable. Ce dernier, Basquiat, était d'origine haïtienne par son père et  porto-ricaine par sa mère. Il est souvent représenté posant dans son atelier en costume et les pieds nus ( comme sur l'affiche de cette rétrospective). Cet accoutrement sous-entend que Basquiat est à la fois un dandy et un bon sauvage. Il est perçu comme un génie mais primitif. Les stéréotypes du noir pauvre et naïf, perdurent.
Il est né dans une famille de la bourgeoisie moyenne qui vivait à Brooklyn (New-York). Ce n'est pas un enfant du Bronx. Il sera prisonnier sa vie durant de ces préjugés.
Certes, il est mort d'une overdose mais il ne s'est pas suicidé comme Van Gogh ; sa mort était accidentelle.
Comme Van Gogh il était autodidacte, mais ne venant pas de nulle part, l'ancien avait fréquenté les musées et les précurseurs (Basquiat a aussi beaucoup regardé les autres peintres dont Léonard de Vinci et Andy Warhol) , il était admis par les artistes de son époque les plus d'avant garde, il avait un destin pictural personnel.
Et tous deux furent renvoyés à leur image :
- l'un à sa folie supposée,
- l'autre à sa sauvagerie supposée du noir de la rue, ancien esclave venu d'Afrique.

Basquiat, très tôt a exécuté ses tags à East-Village sur des murs ou des palissades. Il fit la rencontre d'Andy Warhol, rencontre qui n'a rien de fortuite.
Les œuvres montrées  dans ce musée (Voir coordonnées à la fin) sont celles d'un peintre contemporain qui a des préoccupations personnelles et politiques et qui est au côté des noirs pour dénoncer la place qui leur est faite.

Sur les toiles de Basquiat, la couleur saute aux yeux. Franche, vitale, explosive.

En 1981, cet artiste était inconnu et réalisait des graffitis.
Après sa découverte par Andy Warhol, le roi du pop-art, il devient l'un des artistes les plus convoités. Les collectionneurs sont prêts à payer des sommes importantes pour s'arracher ses tableaux.
Basquiat et Warhol furent officiellement présentés par un vendeur suisse à l'automne 1982. Est né une vraie amitié qui déboucha sur plusieurs collaborations professionnelles qui prirent fin à la mort pour overdose d'héroïne de Basquiat, en 1988.
Différence avec Van gogh : il devint du jour au lendemain, très connu des personnes de son époque et des collectionneurs. Il fut très adulé et a souffert de se retrouver ainsi sous les projecteurs avec tout ce que ça suppose de contraintes et de sollicitations intéressées.
Beau et mort à 27 ans, tout était mis en place pour qu'il devienne une légende. Son rythme de travail est effréné et sa production reste considérable, comme si il avait la prémonition de la brièveté de son destin.

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J.M.Basquiat en costume et nu pied photographié dans son atelier

Il  se représenta (autoportraits) ainsi que les boxeurs noirs qui devinrent champions du monde.
Ce fut le cas de Jack Johnson (le premier champion du monde noir) puis de Cassius Clay qui devint Mohamed Ali après s'être converti à l'Islam.

La toile sans titre de Jean-Michel Basquiat représentant un boxeur

C'est cette toile de Basquiat sans titre qui représente un boxeur qui fut vendue 13,5 millions de $ lors d'une vente aux enchères chez Christie's.
Il peint à la mémoire de musiciens de jazz qu'il glorifie comme  Charlie Parker, Miles Davis, Max Roach ou Nat King Cole qui apparaît dans l'œuvre "lye". Il peint les noirs qui ont réussi et sont connus internationalement, comme les joueurs de jazz noirs et les sportifs, ne craignant pas les clichés.
Il représenta aussi des esclaves, des policiers. Ou bien  il peint des griots, des danseurs en transe, des visages avec des couronnes, aux formes tordues ou cassées.
Lui-même était un artiste noir dans un monde dominé par les blancs. D'où ces allusions au racisme dans son œuvre, comme pour se dédouaner lui qui avait conscience des contradictions dans lesquels il vivait.

Basquiat était admiratif de Picasso auquel il peu+

t faire penser parfois. Il a continué son œuvre sans le vouloir et quand on lui demandait quel était son tableau préféré, il répondait "Guernica" de Picasso.

Voici quelques œuvres qu'il a peintes en 1883 dans la première période de peintre sur  supports amovibles ( Toiles, panneaux de bois, collages divers...), après avoir réalisé des graffitis qui l'influencent encore.

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La Joconde (1983)                              Graffitis en 1979 qu'il signait encore SAMO

Sans titre (1981)

Durant cette première période, il démontre en peignant des visages squelettiques sur la toile,s'apparentant à des masques. Il s'inspire de ce qu'il voit dans la rue : des enfants, des voitures, la pauvreté.

2ème période, de 1982 à 1985.
Il révèle son intérêt pour l'identité noire et son histoire,en représentant des personnages noirs historiques, dont des boxeurs ou des musiciens noirs. Il montre son admiration pour Malcom x, pour Martin Luther King, pour le mouvement des "Blacks Panthers".
Il dessine des mots et des symboles de façon accrue et utilise des matières brutes comme support pictural, tendant ses toiles sur des palettes de bois ou des portes. Un des symboles récurrent de son œuvre est la couronne à trois pointes.

Jean-Michel Basquiat, Zydeco, 1984_New York_USA

"Trumpet" - 1984                 J.M.Basquiat, Zydeco (1), 1984

(1) Le zarico (Zydeco en anglais) est un genre musical apparu dans les années 1930  en Louisiane. L'instrument de prédilection est l'accordéon.
Le mot zarico viendrait de la perception anglo-américaine d'un morceau traditionnel « Les haricots sont pas salés », devenu par la suite, « zarico », tout court.

Jean Michel Basquiat’ Untitled 1987 580x388 Christies New York Announces Highlights of Dennis Hopper Sale

Basquiat "sans titre" (1987)

Ce tableau appartenait à Denis Hopper, mort récemment et qui était aussi collectionneur d'art contemporain. Il faut dire qu'il était conseillé par son ami Andy Warhol. Il venait de tourner "Easy rider", succès mondial.

 

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Jean-Michel Basquiat (1960-1988) -
et Andy Warhol (1928-1987). (1986)

Huile, acrylique et sérigraphie sur toile. Signée par les deux artistes au dos.

Autre collaboration entre les 2 artistes.

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Le problème avec Basquiat, c'est qu'il fut peu acheté par les musées et fondations : une toile à  Beaubourg, une au Musée de Marseille, et rien d'autres en France.
Conséquences : ses œuvres sont largement détenues par des collectionneurs privés. De quoi compliquer toute velléité de les rassembler. On mesure alors le travail herculéen de la Fondation Beyeler (à Bâle) et du Musée d'art Moderne de la Ville de Paris d'avoir pu monter cette rétrospective.
Au total, sont rassemblées une centaine de créations majeures (86 peintures, 65 dessins, 11 objets), soit un huitième du tout, pour des coûts estimés à 1,4 millions d'euros.
Il laisse derrière lui une œuvre de plus de 800 tableaux d'un millier de dessins. Sa vie fut météorique, donc il peignait très vite. L'art minimal faisait la loi à New-York. Il impose un autre code celui de l'art de la rue, un style underground.
Son graphisme semble agressif, électrique, brisé. Son œuvre reste radieuse, celle d'un enfant radieux et douloureux.
Son art brut rappelle celui de Jean Dubuffet :

Dhotel nuancé d'abricot - 1947

En ce moment dans les salles, le flm que lui a consacré Tamra Davis : "Jean-Michel  Basquiat, the radiant child".