Une exposition au musée Marmottan (www.marmottan.com)

(Pour la première fois, le musée présente l’intégralité de sa collection Monet, la plus riche au monde. Pour cette occasion, les rotondes et la grande galerie du rez-de-chaussée, ainsi que la rotonde des Nymphéas au sous-sol du musée et la salle Bernheim, mettront à l’honneur 136 œuvres de Monet ainsi que quelques toiles de ses contemporains).

Elle confronte les œuvres de Monet avec celles d'artistes contemporains tels que
Pollock, Rothko, Kandinsky, Joan Mitchell,...
alors que Monet a été longtemps placé à l'écart de la modernité.

 

Aujourd'hui le musée Marmottan fait figurer les maîtres de l'art abstrait avec le maitre de l'impressionnisme.

Monet, un précurseur de l'abstraction ?

Déjà en 1895, Kandinski fut impressionné par la série des meules de MONET.

La lumière est toujours le "personnage principal" dans les paysages de Monet, et comme il avait toujours pour but de saisir un effet changeant, il adopta l'habitude de peindre le même sujet sous des conditions différentes de lumière, à différentes heures de la journée.
Il commença à peindre la série des meules de foin qu'il poursuivit sur deux années. Monet les peignit par temps ensoleillé ou gris, dans le brouillard ou couvertes de neige: Meules de foin, effets de neiges, matin (1890), Meules de foin , fin de l'été, matin (1891), Meules de foin au coucher du soleil près de Giverny (1891).

 

 

"En 1896, Kandinsky a trente ans. Il peint depuis plusieurs années des tableaux mi-réalistes, mi-impressionnistes où la couleur tient déjà une place dominante. Il recherche une peinture qui corresponde ce qu’il nommera, plus tard, « la nécessité intérieure ». A l’exposition d’art français de Moscou, devant un tableau de la série des Meules de foin de Monet, Kandinsky a l’intuition de la possibilité d’une peinture sans objet, d’une peinture où la couleur rendrait le motif superflu.

Puis, lors d’une représentation du Lohengrin de Wagner au théâtre Bolchoï de Moscou, il fait l’expérience de l’œuvre d’art totale. Ces deux événements sont décisifs. Kandinsky sera peintre et il étudiera la peinture à Munich. Il s’y installe avec sa femme Ania en décembre, la même année."

Extrait du site du centre Pompidou où en cliquant ici, vous pourrez voir l'article consacré à Kandinsky

Claude Monet, Le Pont japonais, vers 1918, Paris, musée Marmottan Monet

Une œuvre tardive de Claude Monet, Le Pont japonais, vers 1918, Paris, musée Marmottan Monet.

On comprend en regardant ce tableau de Claude Monet que les maitres de l'abstraction ont entretenu des rapports particuliers avec l'œuvre du maître de l'impressionnisme que fut C. Monet, plus préoccupé de la couleur en fonction de la lumière de la journée que des formes objectives du thème  lui-même qui disparaissait derrière l'impression qu'il faisait au peintre.
Imagine-t-on un pont japonais dans le tableau que Monet a peint en 1918 ?
Ce pont japonais, il l'a fait construire dans son jardin ainsi que l'étang aux nymphéas pour lequel il avait fait détourner un cours d'eau. Quand il peint ce tableau en 1918, il souffre depuis 10 ans de la cataracte.Dans ce jardin de Giverny, il a créé un décor qu'il connaît et devine. Au fur et à mesure qu'il voit moins, le sujet s'estompe, au point de disparaitre presque entièrement derrière les couleurs bleu, verte et rouge qui suggèrent encore les nymphéas, le pont, et la végétation du jardin. Le bleu a presque disparu, comme si les couleurs existaient encore dans la mémoire du peintre ayant perdu la vue qu'il recouvra quelques temps après, mais pour 3 ans seulement ( il meurt le 5 décembre 1926), à la suite d'une opération suggérée par son ami Clémenceau .

Kandinsky a éprouvé en 1895 en voyant une exposition de Claude Monet à Moscou, comme il l'écrit lui-même ce sentiment de disparition du sujet de la peinture : "C'était une meule de foin, selon le catalogue. Je ne l'avais pas reconnue. Et de ne pas la reconnaître me fut pénible (...) Je sentais confusément que l'objet faisait défaut", a raconté Kandinsky, un des fondateurs de  l'abstraction, en soulignant la façon dont le tableau s'était alors "emparé" de  lui.

La création par Kandinsky d’une œuvre purement abstraite n’est pas intervenue comme un changement abrupt, elle est le fruit d’un long développement, d’une longue maturation et d’une intense réflexion théorique fondée sur son expérience personnelle de peintre et sur l'élan de son esprit vers la beauté intérieure et ce profond désir spirituel qu’il appelait la nécessité intérieure et qu’il tenait comme un principe essentiel de l’art.

Le premier tableau dit abstrait est de 1910 et peint par Kandinky.

Son ouvrage, Du Spirituel dans l’art, écrit en 1910, où l’artiste médite sur les rapports entre la forme et la couleur, la peinture et la musique, tentant de définir la valeur expressive des formes et des couleurs et de leurs combinaisons, fera date.

Couleurs et formes, déterminent des impressions particulières, véhiculent des sensations et des sentiments différents. Au bleu mystique et froid s’opposent le jaune chaud et agressif, le vert paisible, les différents silences des blancs et des noirs, la passion du rouge, couleurs qu’il met en relation avec ronds, triangles et carrés, lignes ouvertes ou fermées. Le spirituel est du ressort de la peinture qui agit directement sur les sens et sur l’émotion.

Fichier:Fugue.JPG

La fugue de Kandinsky en 1914

Monet était plus intéressé par les couleurs changeantes de la journée que par le sujet qu'il peignait, comme dans ce tableau d'un bras de le Seine dont Monet a réalisé une série en 1897 et où le fleuve pourtant majestueux dans d'autres toiles, disparaît dans l'ombre des arbres, ombre crée par le soleil du matin qui perce la brume.

(c) Claude Monet - Bras de Seine, près de Giverny, soleil levant (1897) - Huile sur toile : 89 x 92 cm - Paris, musée Marmottan Monet, dépôt Ephrussi de Rothschild, inv. 398 - (c) Adagp, Paris 2010 - (c) musée Marmottan Monet, Paris/Bridgeman Giraudo

Bras de Seine, soleil levant de C.Monet en 1897

A une époque où la photographie débute et où le peintre s'interroge sur la représentation de la nature,  le travail de Monet est plus complexe : il peint la nature telle qu'il la voit et telle qu'il la perçoit. Peignant des séries, celles des "Nymphéas" (1899-1926) ou "La Gare Saint-Lazare" (1876-1877) ou encore "la façade de la cathédrale de Rouen ( que vous pouvez voir dans cet article - il vous suffit de cliquer ici),  il montre qu'un même paysage peut être vu de manière différente selon l'heure, le temps, la luminosité, ...

Les  maîtres de l'abstraction ont la même fascination pour la couleur, ces créateurs ne visent pas à copier Monet, même s'ils trouvent que son univers florales ou aquatiques vers la fin de sa vie, lorsqu'il avait des problèmes de vue, constituent le sommet de son art.

Claude Monet Water-Lilies

Water-Lilies, Claude Monet 1916,
oil on canvas 200 x 200 cm, Musée d Orsay, Paris France.

Monet Orangerie Morning

(En regardant l'étang)  "Vous y constatiez, comme en un microcosme, l'existence des éléments et l'instabilité de l'univers qui se transforme, à chaque minute, sous notre regard."       

      Claude Monet

Dans l'abstraction,la peinture a pour ambition son autonomie. Elle est le fruit d'une approche subjective, intime, intérieure.
Alors Monet précurseur  de l'abstraction ?
En tout cas Monet dépasse l'anecdote décorative. Les héritiers ont en partie répondu; enfin Kandinsky, regardons les autres.

Joan Mitchell (1926-1972) a habité à Vétheuil, comme le maître de l'impressionnisme.
Etait-elle attirer par les mêmes paysages ?

Voici un diptyque d'elle qui fut exposé en 2009 à Giverny.
Une plate-bande ?

Joan_Mitchell_9

Elle a connu Pollock, Kooning, Kline... Elle n'avait pas un caractère facile, fumait comme un sapeur, buvait sec et peignait la nuit, en compagnie de ses chiens.

Flowers at Vetheuil

"Fleurs à Vétheuil"
      Claude MONET 1881
      Private collection

Jackson Pollock

http://www.autoexpert.ca/Files/images/news/concessionnaire/actualites/Jackson_Pollock.jpg

Jackson Pollock était plus souple que Papy Monet

Mark Rothko

Modern Artist: Mark Rothko

Un paysage rouge qui dénote l'état d'âme de l'artiste a été rapproché dans l'exposition du tableau emblématique de Monet, "Entrée du port du Havre, soleil levant".

Monet est également juxtaposé avec une toile de Nicolas de Stael, "paysage méditerranéen" peinte en 1953 :

http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/files/2010/09/paysage-mediterraneen-par-nicolas-de-stael1.1283334932.jpghttp://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/files/2010/09/cabane-a-trouville.1283334886.jpg

  Même des toiles de Monet plus anciennes, comme cette Cabane à Trouville de 1881, annoncent déjà, par leur construction, des peintres comme Nicolas de Staël et ce Paysage méditerranéen de 1953 : y coexistent les formes claires et droites de la maison, et la déroute éclatée et brumeuse des lignes du paysage lui-même.