Voici le troisième et dernier article consacré à Camille Pissarro.
Pissarro me semble très méconnu aujourd'hui ; est-ce peut-être parce que son œuvre est très dispersée entre sa grande famille, les nombreux collectionneurs et ses amis impressionnistes qui ont cru très tôt en lui.
Cette dispersion a sans doute empêché les rétrospectives qui se sont révélées être périlleuses et onéreuses.

Compte tenu de ce que j'avais prévu dans le premier article, il me reste à aborder :

  • les autoportraits et les portraits que Pissarro a réalisés (§6)
  • ses recherches sur l'évolution de l'impressionnisme (§7)
  • les qualités de professeur auprès de Cézanne et Gauguin au début de son parcours de peintre.(§8)
  •  ...et peut-être autre chose que j'aurais oublié ou découvert tardivement (comme son bref séjour au Antilles ou auprès du peintre hollandais qui l'a bien aidé au début de sa carrière...Ses nombreux dessins).

6 - Les autoportraits et les portraits.

Self Portrait, 1873 - Camille Pissarro - www.camille-pissarro.org

Autoportrait (1873)

 

Portrit de Juli (1874) par Pissarro

 

Fichier:Camille Pissarro 039.jpg

Autoportrait - 1898

 

Camille Pissarro Self-Portrait 1903

Portrait de Camille Pissarro par lui même en 1903

http://www.artilim.com/painting/p/pissarro-camille/portrait-of-paul-cezanne.jpg

Portrait de Cézanne par Pissarro en 1874

Il fit des portraits de ses enfants, utilisant l'aquarelle ou le dessin comme il le fit souvent.
Il eut 8 enfants dont 6 survécurent :
Lucien (1863-1944),
Georges (1871-1961) dit Manzana-pissarro, il est le troisième fils du peintre. Adolescent, il étudie la peinture avec son père avec qui il apprend à aimer la nature dans le sillage de l'impressionnisme représenté alors par Monet, Renoir, Gauguin, Cézanne entre autres, tous amis et présents dans la maison Pissarro.
C'est dans ce style qu'il peint une série de paysages autour de Pontoise et Eragny. En 1894 il choisit comme pseudonyme le nom de sa grand-mère « Manzana », et c'est en 1910 qu'il adopte définitivement le nom qui lui restera, « Manzana-Pissarro ».
Sympathisant anarchiste, il partage avec son père et ses frères, Lucien,  Félix (1874-1898), Ludovic-Rodolphe (1878-1952), Paul-Emile (1884-1972) et une soeur, Jeanne (1881-1948), sa passion pour la peinture néo-impressionniste et les convictions anarchistes en parallèle des mouvements anarchistes),
Camille fit le portrait de tous.
Plusieurs descendants de Camille Pissarro ont choisi de suivre l'exemple de leur aïeul et de devenir peintres à leur tour.

 

http://www.reproarte.com/files/images/P/pissarro_camille/0035-0072_portr_lucien_pissarro.jpg
Lucien (1874)

http://images.nypl.org/index.php?id=490545&t=w

Autre portrait de Lucien. En 1874. (lithographie)

 

Portrait de Jeanne en 1872

 

Jeanne en 1873

http://1.bp.blogspot.com/_CvDCiEFbNy8/TI60pabLpYI/AAAAAAAAYWk/ZGLtuo_D4eE/s1600/Camille+Pissarro+(1830-1903).+Portrait+of+Jeanne+1898.jpg

Jeanne en 1898

Portrait of Paulemile, 1894 by Camille Pissarro

Paul-Emile en 1894

 

http://www.artilim.com/painting/p/pissarro-camille/portrait-of-the-artists-son-ludovic-rudolphe.jpg

Ludovic-Rodolphe (1888)


 

Camille Pissarro's oil painting Portrait of Madame Pissarro 1883

Madame Pissarro en 1883

 

http://www.steveartgallery.se/upload1/file-admin/images/new10/Camille%20Pissarro-562879.jpg

Portrait d'Egène Meunier  (1878) _ (commande passée à Pissarro
par cet ami d'Armand Guillaumin
)

 

7 - le néo impressionnisme : le pointillisme (ou le divisionnisme)

Il s'agit d'une technique picturale où le peintre utilise son pinceau en réalisant  des points de couleur au lieu de l'étaler  entre les contours dessinés d'un sujet. (d'où le terme "pointillisme"). La couleur est divisée en points plus ou moins resserrés suivant l'effet de lumière que l'on veut obtenir (d'où le terme divisionnisme).

 

Enfants au Parc (1887)

Enfin, ce tableau illustre très bien la période pointilliste de Pissarro, après sa rencontre avec le maître du genre, Georges Seurat en 1885. La touche impressionniste par aplats laisse ici place à des points, plus gros toutefois que ceux utilisés par Seurat ou Signac.         

Woman Hanging Her Laundry, 1887 Giclee PrintFemme accrochant son linge (1887)

Il a peint ces toiles pointillistes après avoir rencontré Seurat. Il n'a pas pour autant adhérer totalement à l'approche scientifique qui est celle de Seurat ou de Signac avec lesquels il exposera.
Il signe des tableaux divisionnistes jusqu'en 1890 sur des scènes de paysage ou de travail paysan ( Il remplace bien souvent les points par de  petits traits.)

Vue de ma fenêtre à Eragny sur Epte vers 1886-1888

 

Tập tin:Camille Pissarro 016.jpg
Récolte de foin à Eragny-sur-Epte - 1889

En 1890, il revient à son amour de la nature et à son amitié pour le noyau dur des impressionnistes, Monet, Renoir, Degas, Sisley ; mais il gardera toujours de cette période,  des petites touches serrées.

8 - Pissarro et son influence sur les autres peintres

Dans la décennie 1860-70, Camille Pissarro peignant dans le droit fil de Camille Corot dont il fit la connaissance dès 1855, devient un peintre paysagiste reconnu, en particulier au Salon, et l'un des tout premiers peintres "impressionnistes".

Rives de Marne à Chennevières

              1864-65 (influence de Corot)

Deux de ses élèves reconnurent jusqu'à la fin de leur vie l'importance qu'avait eu pour leur art, la formation de Pissarro : Cézanne, qu'il aida à peindre plus clair à la manière impressionniste, à chercher la forme par la couleur, sans recours aux cernes du dessin , puis Gauguin, dont il supervisa les premiers travaux.
Cézanne
qui se présentait parfois comme l'élève de Pissarro, gardera toujours une affection sincère envers celui qu'il nommait "L'humble et colossal Pissaro" et dont il dira "Ce fut un père pour moi. C'était un homme à consulter et quelque chose comme le bon Dieu".
De 10 ans l'aîné de Cézanne, et un artiste déjà très accompli, Pissarro avait moins à apprendre de Cézanne, que Cézanne de Pissarro.

Degas dira de Pissarro : "Il est si bon professeur, qu'il pourrait apprendre à dessiner aux pierres". Pivot du groupe impressionniste, d'une solidité et d'une franchise sans bornes, loyal envers ses amis et ouvert aux jeunes artistes, Pissarro rencontrera également en 1874 le peintre amateur Paul Gauguin qu'il initiera au paysage impressionniste

http://www.impressionniste.net/pissarro_hermitage_rue.jpg

Rue de l'Hermitage Pontoise de Pissarro en 1874
(on sent l'influence de Cézanne)

Ainsi fut Pissarro, contestataire et anarchiste, qui aimait organiser, enseigner, discuter et travailler avec d'autres peintres.

9 - L'enfance de Pissarro, son éducation.

Il est né en 1830 aux Antilles dans l'île de Saint Thomas (posséssion danoise) d'un père juif français d'origine portugaise et d'une mère créole danoise du nom de Rachel Manzano-Pomie. Il gardera toute sa vie la nationalité danoise.

http://www.reproduction-gallery.com/oil_painting_reproduction_gallery/Camille-Pissarro-A-Creek-in-St_-Thomas-_Virgin-Islands__-1856-large-1151698416.jpg

Une crique à Saint-Thomas peinte par
Pissarro

Cuisine en plein air

Cuisine en plein air (au Venezuela)

Au Venezuela, il restera d’abord plusieurs semaines à La Guaira, sur la côte, avant de s’établir en 1853 à Caracas. Durant son séjour de 21 mois dans le pays, il fera un grand nombre de dessins, de croquis, d’études, et quelques peintures. On décèle dans ces œuvres de jeunesse une vision réaliste, quelque peu idéalisée de la vie locale, mais aussi la fraîcheur toute romantique d’un artiste qui refusera par la suite l’académisme des salons parisiens.

Caracas est alors un gros bourg de 45.000 habitants, encore très marqué par la ruralité. Aux alentours, les paysages agricoles et naturels restent dominants. Le mode de vie, même en ville, reste en grande partie rural. Si quelques-unes des œuvres réalisées par Pissarro pendant son séjour peuvent être qualifiées d’urbaines, la plupart témoignent de cette dimension rurale de la ville et des environs. Elles constituent un témoignage vivant de la capitale du Venezuela au milieu du XIXe siècle.
Durant son séjour, Pissarro a visité les alentours de Caracas. Il s’est notamment rendu à Galipan, dans la montagne proche, en juillet 1854, pendant la saison des pluies. Il aurait été logé là-bas par les Stürup, une famille danoise qu’il aurait connue par l’intermédiaire de Fritz Melbye. À Galipan, Pissarro a probablement fait des promenades dans la montagne de l’Avila, dont il a rapporté des dessins représentant la forêt et la nature environnante. Il a aussi dessiné et peint à l’aquarelle des scènes de la vie paysanne.

 Mi-septembre 1855, année de l'exposition universelle, il débarquera à Paris.  Il ne retournera jamais aux Amériques.

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/de/Cruz_Bay_Battery_-_Fritz_Melbye.jpg

Fritz Melbye en 1850

 

Il suit sa scolarité de 1842 à 1847 à Passy près de Paris. Il dessine déjà dans la campagne environnante et visite les musées parisiens.
Il revient à Saint-Thomas et il s'enfuit avec le peintre Danois Fritz Melbye en1852, ne voulant pas reprendre l'affaire de son père, commerçant en quincaillerie. Il s'enfuit sans l'autorisation de son père avec ce peintre danois, pour Caracas au Venezuela où il restera deux ans, faisant des études et de nombreux croquis.
En 1855, son père cède et l'envoie à Paris suivre une formation digne de ce nom. Pissarro se rendra à l'Académie Suisse où il se contentera d'y travailler au lieu de suivre une véritable formation académique, d'où son ouverture aux autres peintres qui cherchent leur propre voie, comme lui.