Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien.
Je doute, donc je vis.
Le doute ne mène pas nécessairement à l'inaction, il peut mener à la création.
Magritte peint des objets dont il doute de la réalité :

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La clef des songes (deuxième version) 1930 - Magritte - Collection privée

La "pipe du tableau qui n'en était pas une" dans le tableau de 1928, est présentée plus minutieusement figurative, donc avec une intention de véracité plus vraie que la pipe hors tableau qui a donc l'air moins "image" que celle du petit tableau.
 
  Mais laquelle est une pipe, et laquelle n'est que représentation d'une   pipe?
« Ceci   n'est pas une pipe » ?

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Les deux mystères - Magritte - 1966

L'explication la plus évidente consiste à constater tout bonnement que l'image d'une pipe n'est effectivement pas une pipe, et que Magritte mobilise, par le paradoxe apparent contenu dans ces toiles, l'imagination et la réflexion du spectateur qui en tirera les conclusions qu'il souhaitera sur la question de la réalité des choses en général.

Les sceptiques,avant Magritte eurent foi en l'incertitude. Ils n'étaient certains de rien, ils en étaient  tous convaincus même s'ils ne constituaient pas une école homogène.
Pyrrhon (3ème siècle avant J.C.) niait tout sens au monde, y compris au suicide.
Pyrrhon prétendait que rien, n'est certain, qu'à chaque proposition on peut opposer une proposition contraire également probable, que par conséquent le sage doit s'en tenir à l'examen, scepsis (d'où ses disciples prirent le nom de sceptiques), s'abstenir de tout jugement (épokhein).

Cette doctrine fut très répandue à la renaissance et Montaigne en est un représentant. Montaigne est même pyrrhonien, comme dans ce texte essentiel qu'est "Apologie de Raimond Sebond (II, 12)". Deux causes du scepticisme chez Montaigne : impossibilité de la généralisation ; instabilité et mutations de toutes choses.

Douter est-ce renoncer à la vérité ?

Au contraire mais je me souviens d'un ami qui ne se posait plus de questions parce qu'il avait réponse à tout.
Il reprochait aux gens qui n'avaient pas de réponses, de ne pas se poser de questions, d'être fataliste, d'accepter tout, même l'insupportable. Ils doutaient peut-être comme Descartes.

Pour Descartes, le doute n'est pas une fin en soi, mais une méthode pour atteindre la vérité une fois pour toute.
Descartes met en œuvre ce doute méthodique dans les Méditations métaphysiques.
Son but déclaré est de distinguer, parmi ses opinions, lesquelles sont vraies. Il veut identifier les connaissances que l'on peut tenir pour vraies sans aucun risque d'erreur. Dans ce but, il commence par mettre en doute toutes ses connaissances, afin de voir si certaines résistent à toutes les objections imaginables. Il reprend les arguments sceptiques les plus forts, invente d'autres arguments encore plus redoutables. Les opinions qui résisteront à ces arguments-là pourront être considérées comme vraiment indubitables.
Le doute cartésien est donc bien différent du doute sceptique. Il est un moyen, et non une fin en soi.
Descartes n'est pas comme les sceptiques "qui ne doutent que pour douter". Douter n'est pas le but, c'est au contraire le signe d'un besoin de vérités certaines. C'est un doute provisoire. Tandis que pour le sceptique, le doute prend la forme d'une conclusion définitive, chez Descartes, il n'est qu'un moment de la réflexion au service de la vérité. Le doute n'est donc pas forcément le signe d'un abandon. Au contraire, il est le signe d'un esprit qui cherche, et ne s'endort pas sur ses certitudes. Il n'est pas le signe d'une faiblesse, mais plutôt d'une ferme volonté d'aboutir.
"Je pense, donc je suis.". Aucun doute la dessus.

Ainsi saint-Thomas n'a pas cru tout de suite en la résurrection du Christ. Il a fallu qu'il voit de ses propres yeux. Sa foi repose sur le doute originel, elle devient une vrai foi.
Le Caravage a représenté ce saint-Thomas incrédule qui va jusqu'à mettre son doigt dans les plaies du Christ pour croire en  sa résurrection.

L'incrédulité de saint-Thomas par Le Caravage en 1602

Même Pascal fut sceptique, pris au pied de la lettre. Mais  plus comme une étape proposée au lecteur, une étape étourdissante vers la foi chrétienne, par stratégie provisoire, pas un véritable doute. D'ailleurs il attaqua le pyrrhonisme et renvoya dos à dos les sceptiques ("pyrrhonistes") et les rationalistes ("les dogmatistes").

Paul Valéry considérait que tout était faux parce que construit par la main de l'homme et le regard de l'autre. L'homme quelque soit sa condition veut avoir des admirateurs, recherche la gloire, on peut donc douter de sa sincérité, l'important est d'éblouir pour occulter sa petitesse, l'imperfection de sa condition humaine.
L'homme est condamné à usurper. Alors donnons nous la main, charmons écrivons, et trompons , l'autre lira ce qu'il veut bien lire.

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"Drawing Hands" par le hollandais M.C.Escher en 1948

Ainsi pour sortir de notre condition humaine, nous manions le paradoxe : pour établir la vérité, il faut ne pas croire. Tout ne serait qu'illusion, alors pourquoi ne pas penser comme Pascal.
Tout ne serait que vanité, alors aidons-nous de l'art.

 

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For The Love Of God, de Damian Hirst.2007

Pensée 72 (orgueil) de Pascal :

"Curiosité n'est que vanité le plus souvent ; on ne veut savoir que pour en parler; autrement on ne voyagerait sur la mer pour ne jamais en rien dire et pour le plaisir de voir; sans espérance d'en jamais communiquer.".
Autre tête de mort, vaine curiosité aperçue à Venise, au bord de la mer :

Subodh Gupta, Very Hungry God, 2006, Eglise Saint-Bernard, © Marc Domage.

Very Hungry God, 2006 du plasticien indien Subodh Gupta

Very Hungry God, un crâne géant et souriant agrégeant des pots en métal rutilant, propriété de François Pinault.  Une vanité de l'art contemporain