Apollon - Athènes : l'Académie 

On ne saurait parler de la civilisation de la Grèce antique sans évoquer la musique. Pour les Grecs anciens, la musique était l’une des expressions les plus caractéristiques de la culture, indissociable de la vie publique et privée.

Pourtant on a souvent tendance à ignorer ce paramètre si important du patrimoine immatériel et à concevoir l’image de la Grèce antique par les chef d’œuvres des arts plastiques. Cette attitude s’explique par le nombre limité d’informations dont nous disposons sur la vie privée comme publique des anciens.

Comme il est vrai que par les siècles écoulés, cette musique a laissé son écho faible, difficile à détecter.
Les sons de la musique antique sont évidemment perdus, mais on dispose en revanche de nombreux  témoignages, notamment archéologiques, riches d’enseignements précieux sur son rôle et sa fonction dans la société de la Grèce ancienne.

Apollon

Apollon citharède versant une libation, médaillon
d'une coupe attique à fond blanc

Apollon, une des principales divinités grecques, dieu de la lumière, des arts et de la divination. Apollon est fils de Zeus et de Lètô. Il naît à Délos, où sa mère, poursuivie par la jalousie d'Héra, avait trouvé refuge. C'est le dieu des arts, surtout de la poésie et de la musique.

Fichier:StatueApollon2.jpg

Statue d'Apollon, dans la demi-lune du bassin d'Apollon du Parc de Versailles.

Apollon est un dieu représenté comme un beau jeune homme ( dieu de la jeunesse)  avec une chevelure longue flottant et couvrant sur ses épaules ; il tient à la main gauche la lyre (dieu de la musique et les arts) ; près de lui un serpent rampant sur un tronc d'arbre (dieu de la médecine).

Athènes - Apollon

Apollon et sa lyre offerte par Hermès qui l'inventa.
Hermès présente à  Apollon la lyre (qu'il a déjà fabriqué en se servant d'une carapace d'une tortue et de boyaux de vache) et il se met à jouer à cet instrument, Apollon, saisit par le son de la lyre, il demande à Hermès de lui donner l'objet musical en échange avec le troupeau de vaches, Hermès accepte l'échange puis il fabrique une flûte de berger (la syrinx ou flûte de Pan) et il l'échange avec Apollon contre de leçons de magie divinatoire et de sa houlette en or (son bâton de berger à pouvoirs magiques, en particulier celui d'endormir les gens). Hermès, en utilisant ce bâton un jour pour séparer deux serpents qui se battent, les deux reptiles s'enroulent autour d'elle de façon symétrique pour former un ensemble connu sous le nom du caducée d'Hermès.»

ME0000004672_3Hermés

Hermès est le fils de Zeus et de Maïa. A peine né, par gout de la farce et de la ruse, il déroba à Zeus un troupeau de bœufs. Celui-ci retrouva rapidement son voleur, Hermès. En retournant vers sa caverne natale, il heurta une écaille de tortue. Il tendit trois cordes sur cette écaille qui fit office de caisse de résonance.

dos de la carapace sculptée

 La lyre est un instrument très ancien, très primitif, originellement constitué de cinq boyaux séchés tendus entre des cornes d'antilope, lesquelles lui donnent sa forme très caractéristique. La caisse de résonance est faite d'une peau tendue sur une carapace de tortue. Plus tard, tout cela sera "modernisé", les cornes seront remplacées par des branches de noisetier et le résonateur creusé dans de la loupe d'olivier.
i donnent sa forme très caractéristique. La caisse de résonance est faite d'une peau tendue sur une carapace de tortue. Plus tard, tout cela sera "modernisé", les cornes seront remplacées par des branches de noisetier et e résonateur creusé dans de la loupe d'olivier.

Apollon fut charmé par le son sorti de cet instrument. Hermès l'offrit à Apollon en échange de son bâton (Houlette) de berger qui deviendra le célèbre caducée (le principal attribut de Hermès, formé d'une baguette d'olivier surmontée de deux ailes et entourée de deux serpents entrelacés).
c'est aujourd'hui l'emblème des médecins.

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Une des représentations du caducée d'Hermès, symbole de la médecine.(A gauche,  Hermès qui tient ce caducée).
Hermès était le fils de Zeus et de Maïa, fille du Titan Atlas.
Il était le dieu du commerce, des voyageurs, des voleurs, protecteur des routes, accompagnait les âmes aux Enfers, et était le messager des dieux.
Il était aussi la personnification de la ruse et de la fourberie.

 

La lyre était née et dans le temps, son nombre de cordes évoluera.

Elle est souvent assimilée à une cithare qui aujourd'hui désigne tout instrument à cordes dépourvu de manches.

Les muses.

Filles de Mnémosyne (la mémoire) et de Zeus, étaient des déesses qui inspiraient le chant selon Homère.

Les Muses seront au nombre de trois, à l'origine.
Elles s'appelleront :

  1. Mélété (la Pratique),
  2. mnémé (la Mémoire)
  3.  et Aoedé (le Chant) et seront identifiées à la musique et à la littérature.

    Leur domaine s'étendra ensuite à l'histoire, la philosophie et l'astronomie.

Les poètes leur attribueront leur inspiration et invoqueront leur aide. Le nom de la Muse Mnémé (la Mémoire) nous rappelle que les premiers poètes ne possédaient pas de livres.
Les Muses seront souvent représentées pourvues d'ailes.
Elles habiteront les montagnes, notamment celles de l'Hélicon, près d'Ascra en Béotie, et de Piérie, près de l'Olympe. Pausanias raconte que les Aloades seront les premiers à leur rendre un culte sur l'Hélicon.
Les habitants de Delphes les appelleront Aiguë (Nété), Médiane (Mésè) et Grave (Hypatè), le nom des trois cordes des premières lyres.

Hésiode comptera neuf muses (fruits de neufs nuits d'amour entre Zeus et Mnémosyné) qui s'appelleront :

  1. Calliope "à la voix harmonieuse" (la Poésie épique),
  2.  Clio "célébrée" (l'Histoire),
  3.  Euterpè "gaieté" (la Flûte),
  4. erpsichore "joie de la danse" (la Poésie légère et la Danse),
  5.  Erato "aimable" (la Lyrique chorale),
  6.  Melpomène "chant" (la Tragédie),
  7. Thalie "abondance" (la Comédie),
  8. Polymnie "plusieurs chants" (la Pantomime) et
  9. Uranie "la céleste" (l'Astronomie).

Les Muses seront associées à Apollon, le dieu de la musique et des devins.
Elles danseront, avec lui
et avec les Grâces et les Heures, lors des fêtes des dieux sur l'Olympe.
Elles assisteront aux noces de Téthys et de Pélée et à celles de Cadmos et d'Harmonie.

http://sites.google.com/site/fortunaliacom/_/rsrc/1258065007667/Home/les-attributs-de-la-fortune/la-bonne-et-la-mauvaise-fortune/la-lutte-de-fortune-et-de-pauvrete/les-muses-dansant-avec-apollon/MusesApollo.jpg

Tableau représentant : « Les Muses dansant avec Apollon »,
par le peintre et architecte italien, Baldassarre Peruzzi (1481-1536).

Ce tableau se trouve au palais Pitti à Florence

Athéna était une des déesses les plus connues et les plus importantes de la mythologie grecque.
C'était la fille de Zeus et de Métis une Océanide.
Elle avait également deux surnoms :
- Athéna Niké car Niké est la déesse de la victoire.
- Son second surnom était Pallas Athéna car elle prit le nom du géant qu'elle tua pour montrer sa victoire.
Dans la mythologie romaine, on l'appelait Minerve.
Ses attributs sont :
- la chouette (car elle symbolise la sagesse),
- l'olivier,
- l'égide (cuirasse faite de la peau de la chèvre Amalthée qui veillait sur l'enfance de Zeus),
- le casque,
- la lance et son bouclier où était forgée la tête de Méduse. 

Athéna a inventé la charrue, la trompette et la flûte double qui émet le même son que les deux Gorgones qui pleurent la mort de leur sœur Méduse.

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Œuvre de Pompeo Batoni, milieu XVIIIè siècle
Euterpe (et sa double flûte) est ici accompagnée d’Apollon

Un jour, alors qu'elle était à un banquet des dieux pendant lequel elle jouait de la flûte, Héra et Aphrodite se sont moqué d'elle à cause de ses joues gonflées d'air. Vexée, elle alla au bord d'un fleuve et joua de la flûte. Lorsqu'elle vit son reflet dans l'eau, elle se trouva tellement laide qu'elle jeta l'instrument à l'eau. (certaines légendes disent qu'elle la lança par terre ).

Marsyas, un des satyres, l’avait cependant ramassé et, devenu for habile avec cet instrument aux sons mélodieux, n’avait pas craint de défier Apollon lui-même qui, sur sa lyre, avait remporté le tournoi, arbitré par les Muses et Midas. Le dieu est déclaré vainqueur  par les Muses. Il fait écorcher vif et dépecer son rival, Marsyas qui sera suspendu à un sapin.
Sa dépouille est jetée dans une grotte, d'où coule une rivière, qui prendra le nom du satyre. Pour avoir tranché en faveur de Marsyas, le roi Midas reçoit pour sa part une paire d'oreilles d'âne.

Le concours entre Apollon et Marsyas, symbole de la lutte entre les influences apolliniennes (la lyre remplacée plus tard par la cithare dont la caisse de résonance est en bois) et dionysiennes de l'homme (la double flûte ou aulos), est un sujet favori des artistes antiques.

La flûte de Pan ou le sirynx des bergers

Le dieu Panpan.jpg

Pan est le protecteur des bergers et des troupeaux. Il est généralement figuré avec des pieds de bouc et des cornes. Souvent confondu avec les  satyres (hommes à demi caprins, oreilles, queue et pieds de chèvre), Pan est représenté de manière moins humaine, caractérisé par sa laideur et sa sauvagerie. En plus de la nature, Pan est associé à la fécondité.

L’hymne homérique qui lui est consacré le nomme fils d'Hermès et d'une nymphe, fille de Dryops. Il naît ainsi sur le mont Cyllène, en Arcadie. Devant son apparence monstrueuse, sa mère s'enfuit, mais le père porte son fils sur l'Olympe (ce qui confèrera à Pan sa nature divine), où tous les dieux se réjouissent de le voir. Selon l'auteur, ce serait l'origine de son nom : tous [Pán] les dieux furent réjouis. Selon d'autres légendes, il passait pour le fils de Zeus et de Callisto ou de Zeus et de la nymphe Tymbris, ou encore de Zeus et d'Hybris, déesse de la   Démesure. Enfin, suivant des récits postérieurs à l'Odyssée, Pan est plutôt considéré comme le fils d'Hermès et de  Pénélope qu'Ulysse aurait répudiée en raison de son infidélité.
Pour concilier ces différentes variantes, Nonnos  de panopolis imagina l'existence d'une quinzaine de Pan différents, les uns issus du Pan primordial, alors considéré comme le fils de la nymphe-chèvre Amathée et le frère de lait de Zeus, les autres nés d'Hermès par les nymphes Sosé et Pénélope.

Selon d'autres légendes, Pan n'aime pas l'Olympe, où les dieux rient de son aspect, et il préfère vivre dans les bois et les forêts en compagnie des satyres, Nymphes et autres divinités de la nature.

Selon Ovide (Métamorphoses, XI), Pan défie Apollon dans un concours musical jugé par Tmolos roi lydien, finalement remporté par le dieu lui-même (le concours, avec notamment la présence de Midas, peut être rapproché de celui qui oppose Apollon et Marsyas).

Pan est présenté comme le dieu de la foule, et notamment de la foule hystérique, en raison de la capacité qui lui était attribuée de faire perdre son humanité à l'individu paniqué.
C'est l'origine du mot « panique », manifestation humaine de la colère de Pan.

Si l'on attribue à Pan des comportements peu bienveillants, il faut faire abstraction des attentions qu'il portait aux bergers et à leurs troupeaux dont il était naturellement le protecteur.

Le christianisme s'inspira sans doute de l'apparence et du caractère sulfureux de ce dieu très populaire, et le « diabolisa » en octroyant ses attributs au démon, pour lutter contre le paganisme et toute autre tradition religieuse qui résistait à son implantation.

C'est Pan qui fournit les chiens de la meute d'Artémis.

Pan est le seul Dieu à avoir un jour connu la mort, que l'on peut aussi interpréter comme une représentation du cycle des saisons, et du passage de la belle saison à l'automne puis a l'hiver.

 
La nymphe syrinx se transforma en roseaux pour échapper à son désir. Comme le vent de son souffle faisait gémir les roseaux, en hommage, Pan confectionna un instrument de musique auquel il donna le nom de syrinx, connu sous celui de flûte de pan.

sources: wikipédia, association kokopelli.

Les premiers musiciens furent les dieux :

- Athéna inventa la double flûte qu'elle ne joua pas et qui la jeta croyant qu'elle la défigurait  quand elle soufflait dans cet instrument. Marcyas le ramassa par terre et défia Apollon qui lui jouait de la lyre créée par Hermès. Apollon en tirait des sons très mélodieux qui détendaient les dieux du mont Olympe.
- Pan créa un instrument du roseau dont le chant était aussi doux que celui d'un rossignol.

Les Muses qui ne jouaient d'aucun instrument avaient des voies inégalées.

Orphée

Quelques mortels excellaient en musique.

Le plus Grand fut Orphée. Il était le fils de la muse Calliope et du roi de Thrace. Le peuple de la Thrace était le plus musicien de Grèce.
Quand Orphée jouait de sa lyre chantante dans les bois profonds et tranquilles des montagnes de Thrace, rien ne pouvait lui résister. Tout ce qui était animé ou inanimé le suivait.
Il tirait de son instrument des sons si tendres, si apaisants qu'il retrouvaient, avec Jason, des forces, lorsque le travail des rames leur devenaient pénible ; que  les plus violents se calmaient et oubliaient leur colère ; qu'il étouffait le chant ensorcelant des Sirènes.

Orphée & Eurydice

Enluminure représentant un sujet profane : Orphée et Eurydice

Il rencontra Eurydice. Il aima cette jeune fille qu'il épousa. A peine sorti de la noce, elle marcha sur une vipère qui la mordit au pied si cruellement qu'elle mourut. Orphée en fut si douloureusement accablé qu'il voulait l'arracher du royaume des morts. Il entreprit donc ce voyage périlleux, qu'aucun homme n'avait tenté par amour.
Orphée, arrivé dans ce monde souterrain peuplé de créatures étranges, fit vibrer sa lyre et chanta. Sous le charme de sa voix, tout le monde fut envouté et on lui rendit Eurydice, à une seule condition, qu'il ne se retournât pas pour la regarder avant qu'il n'ait atteint le monde des vivants. Orphée ne put tenir sa promesse, il se retourna trop tôt telle qu'elle disparut de sa vue alors qu'il lui tendait les bras, ayant lui atteint la lumière du jour.
Il tenta de se précipiter dans l'obscurité pour la récupérer, mais en vain. Les dieux ne lui permirent plus de retourner dans le monde des enfers  et il resta seul sur la terre et erra en chantant sa peine accompagné par sa lyre. La nature l'écoutait avec ravissement.
Il dédaignait les autres femmes de la Thrace, restant fidèle à Eurydice.
Celles- ci, vexées, le mirent en pièce. Elles jetèrent sa tête dans l'Hèbre. Celle-ci flotta chantant jusqu'à l'île de Lesbos.

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 Gustave Moreau, Jeune fille thrace portant la tête d'Orphée,
1865, musée d'Orsay

 

Les muses, en larmes, rassemblèrent ses membres épars et lui offrirent une sépulture au pied du mont Olympe.

A la demande d'Apollon, Zeus plaça sa lyre parmi les constellations.

Orphée inspira de nombreux dramaturges et de nombreux musiciens dont Gluck.