Ce titre est emprunté à Pline l'ancien qui avait fait cette remarque dans un des livres de son "histoire naturelle". En outre, un mythe a attribué à une femme un rôle fondateur dans les arts pastiques. Selon Pline l'ancien, c'est une femme potier qui eut pour la première fois l'idée de peindre sur un mur. Elle a peint l'ombre du visage de son amant, de profil.
Mais le nombre de femmes-peintres célèbre dans l'histoire de l'art est très réduit. Les femmes n'ont-elles pas la fibre artistique ? Ou ont-elles eu des difficultés pour accéder aux statuts de peintre, compte tenu de la discrimination dont elles ont été les victimes au cours de l'histoire. Il a fallu attendre les années 1970 pour que l'université s'intéresse à elles, ce sont d'ailleurs toujours les mêmes noms qui reviennent et très peu d'ouvrages leur sont consacrés. N'y a-t-il pas un préjugé durable qui ferait qu'une œuvre émanant d'une femme serait de moins bonne qualité ou encore, y a-il une manière de peindre typiquement féminine ? Après avoir vu que quelque œuvres, on essaiera de répondre à cette question.

Une exposition, intitulée : "L'art selon Elle, Un regard sur les artistes femmes de 1850 à nos jours.", est consacrée a des œuvres peintes par des femmes à Pont-Lévesque près de Trouville, à l'"espace culturel des Dominicains".
Dans un petit lieu de nombreuses toiles sont accrochées là. Des peintres femmes  "non-reconnues" se mêlent aux noms habituels. Il faut voir cette exposition qui en met plein les yeux et qui montre que l'ostracisme dont a souffert les femmes est en partie en voie de réparation au 20è siècle et dans ce début de 21ème.(Cette exposition se tient jusqu'au 19 septembre 2010).

Artistes exposées :

Martine Aballéa - Geneviève Asse - Georgette Agutte - Virginie Barré - Carole Benzaken - Nicole Berrut -Ulrike Bolenz - Rosa Bonheur - Jeanne Bouchart - Louise Bourgeois - Rebecca Bournigault - Berthe Bouvier - Katia Boyadjian - Sophie Calle - Geneviève Claisse -   Céline Cléron - Camille Claudel - Cyneye - Louise Damasse - Sonia Delaunay - Nora Douady - Marie Duhem - Delphine Epron - Isabelle Esteban - Delphine D. Garcia - Gloria Friedman - Monique Frydman - Marie Gautier - Paule Gobillard - Yvonne Guégan - Susanne Hay - Cécile Hartmann - Pascale Hémery - Rebecca Horn - Virginie Isbell - Krystyna Kaminska - Arezu Karubi - Vivian Kral - Yayoi Kusama - Nicola L - Emmelene Landon - Valentina La Rocca - Marie Laurencin - Dora Maar - Aurélie Mathigot - Jacqueline Marval - Lisette Model - Berthe Morisot - Lucy Orta     - Vera Pagava - Catherine Panchout - Titi Parant - Malgorzata Paszko - Françoise Pétrovitch - Isabelle Régnier - Olga Richir - Sophie Ristelhueber - Suzanne Roger - Candida Romero - Colette de Sadeleer - Maria Sepiol - Maëlys Seydoux - Nancy Spero - Jeanne Susplugas - Agnès Thurnauer -  Suzanne Valadon - Françoise Vergier - Ulrike Vidalain - Elisabeth Vigée Le Brun...).
Parmi cette liste figure une vernonnaise qui fut prof d'arts pastiques au lycée Georges Dumézil de Vernon (eure).

Dans l'antiquité Pline l'ancien ne parle de que de femmes-peintre qui étaient quasiment toutes des filles de peintres et
au moyen-âge on trouve la trace de femmes-peintres  parfois présentes dans des ateliers d'enluminure (telle Jeanne de Montbaston).

Saint Brice rentre en lui-même et demande à saint Martin, qu'il avait couvert de sarcasmes, de lui accorder sa bénédiction.
Vies de saints. Jeanne de Montbaston. XIVe.

A la Renaissance, de nombreux peintres enseigneront leur art à leur filles. Celles-ci seront souvent des assistantes dévouées mais elles ne pourront pas accéder au statut d'artiste à cause de la structure du monde des arts. Les académies leur sont encore interdites, et l'Église par laquelle passe la plupart des commandes n'est pas encline à les promouvoir ou à les reconnaître. Les femmes n'ont pas accès à l'enseignement ni à la reconnaissance.
Parmi les exceptions (dans leur milieu familial certaines femmes pourront pénétrer dans les ateliers et la famille leur servira de mécène), on peut retenir "Sofonisba Anguilssola" qui devint peintre officiel de la cour d'Espagne mais le plus souvent leur art est limité aux portraits, autoportraits,natures mortes et sujets religieux. Les femmes n'avaient pas le droit d'avoir des modèles . Ceci constitue un lourd handicap.

Au XVIIè et XVIIIè siècle :Deux noms sont restés dans l'histoire,  ceux d'Artemisia Gentileschi peintre italienne de l'École caravagesque - 1593-1652) et d'Élisabeth Vigée-Lebrun .

Fichier:Susanna and the Elders (1610), Artemisia Gentileschi.jpg

Suzanne et les vieillards d'Artemisia Gentileschi (1610)

Élisabeth Vigée-Lebrun devint la peintre favorite de Marie-Antoinette.
Le public s'attache plus aux scandales réels ou imaginaires de leur vie privé plutôt qu'à leur talent. Ainsi, Élisabeth Vigée-Lebrun souffrit de la réputation usurpée d'être une femme facile alors qu'elle refusait souvent les commandes de portraits des galants qui ne souhaitaient que la rencontrer.
Elle abandonna sa carrière de peintre quand son mari devint ministre sous la restauration.
L'académie des Beaux-arts, créée en 1816 remplace l'Académie royale (qui limitait le nombre de places réservées aux femmes à 4 places simultanément) leur est restée longtemps interdite.

Fichier:Lebrun, Self-portrait.jpg

Élisabeth Vigée-Lebrun - autoportrait (1790)

Dans la nuit du 5 au 6 octobre 1789, alors que la famille royale est ramenée de force à Paris, Élisabeth quitte la capitale avec sa fille, laissant derrière elle son époux qui l'encourage à partir, ses peintures et sa fortune. L’artiste s'exilera à Rome, Vienne, Londres, Saint-Peterbourg, où elle fera un séjour de plusieurs années favorisée par des commandes de la haute société. Elle est invitée par les grandes Cours d’Europe, peignant sans cesse.

Au XIXème siècle :

La plupart des restrictions imposées aux femmes vont subsister au XIXè. C' est une époque qui reste dominée par les hommes, quelques femmes vont évoluer aux côtés des peintres impressionnistes. Elles seront leur élève avant de devenir leur modèle et enfin d'être peintre à part entière. Parmi ces femmes on peut ne retenir, avec l'injustice que cela impose, quatre noms seulement qui ont retenu notre attention : il s'agit de Berthe Morisot (1841-1895 - qui deviendra la belle-sœur de Manet en épousant son frère Eugène), Mary Casatt (1845-1926), de Rosa Bonheur  (issu d'un milieu modeste, ce sera la première femme à recevoir  la légion d'honneur en1894 - né en 1821 et décédé en1899), elle se spécialisera dans la peinture animalière et Eva Gonzalès ( 1849 - 1883). Elle fut influencée par Manet à qui elle servit de modèle. Elle mourra la même année que lui, en 1883, à 34 ans au moment de la naissance de son premier enfant.
Mary Cassatt est née  en 1845, en Pennsylvanie, amie de Degas. Elle gravitera autour des impressionnistes et des post-impressionnistes comme Toulouse Lautrec, Gauguin ou Vuillard et contribuera à diffuser ces peintres dans son pays.
Elle a quitté son pays, comme bien d'autres, en 1866 à la fin de la guerre de sécession. Elle suivra des cours dans l'atelier de Gérôme.
Après un retour au pays pour fuir les prussiens en 1871, elle reviendra en 73 à Paris avec sa mère et sa sœur et exposera aux salons de  72 et 74 . Pendant toutes ces années elle établira une étroite collaboration artistique avec Degas, à qui elle servira parfois de modèle. Sa peinture subira aussi l'influence de Renoir.

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Toréador peint par Mary Cassatt (1873)

Lors de son séjour en Espagne,à Madrid, à Séville , influencé par les œuvres de Velasquez, elle peint des scènes de la vie espagnole.

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La Lecture - La soeur et la mère de l'artiste,

Berthe Morisot (1870)

Berthe Morisot est la fille d'un préfet et arrière petite nièce de Fragonard. Elle fut l'ami fidèle de Fantin-Latour qu'elle rencontra au Louvre. Elle fut l'élève privée de Corot et fit la connaissance de Daubigny à Auvers sur Oise où elle était venu peindre en plein-air. Elle rencontre Édouard Manet en1868. Elle va soutenir avec ferveur la cause des impressionnistes et prendre part à toute leurs expositions excepté en 78. Elle épouse en 1874 Eugène Manet dont elle aura une fille en 1878.
Ses sujets artistiques de prédilection sont principalement les scènes du bonheur de la vie familial, les portraits de membres de sa famille; Elle mourra en 1895.

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Relais de chasse - Rosa Bonheur

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Portrait d'une femme en blanc - Eva Gonzalès (1879)

Issue d'une famille bourgeoise monégasque et d'origine espagnole, Eva Gonzalès vécut à Paris une enfance heureuse. Son père était le romancier Emmanuel Gonzalès (1815-1887), feuilletoniste du Siècle et sa mère une musicienne belge. Ils habitaient au troisième étage du 11 rue Bréda (aujourd'hui rue Henri Monnier)).

Elle fut l'élève de Charles Chaplin  (1825 - 1891), avant d'être celle de  Gustave Brinon. Elle fut présentée par Alfred Stevens, (1823-1906) à Edouard Manet, dans l'atelier duquel elle entra en 1869 et y rencontra Berthe Morisot qui fut jalouse de son amitié avec le maître. Elle servit fréquemment de modèle pour les membres de l'école impressionniste. Elle reçut les éloges d'Émile Zola et Castagnary. Retirée à Dieppe pendant la guerre franco-allemande de 1870 elle y peint des tableaux assez sombres.

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L'Avant Port de Dieppe par Eva Gonzalès

Elle épousa l'artiste peintre et graveur Henri Guérard en1879.

A suivre dans le prochain article : les femmes peintres Au XXème siècle