J'ai d'abord pensé à de La Tour, à Soulages (voir article), aux impressionnistes (cf Monet et les soleils qui percent la brume du bord de mer) , aux paysagistes (cf Marines) que j'ai eu l'occasion d'étudier puis à Van Gogh, pour lequel les couleurs et la clarté du Sud étaient la contre-partie de sa maladie mentale, et à son maître Rembrandt qui a beaucoup utilisé aussi le clair-obscur pour structurer sa toile.

Il est rare que nous prêtions attention au traitement de la lumière dans la réalisation d'un tableau. Et pourtant la peinture n'est qu'un assemblage complexe de différentes lumières.
L'ensemble du spectre des couleurs est constitué par les couleurs dites chaudes (le rouge, le jaune, le marron, le noir, l'outre noir...) qui souligne les zones d'ombre et des couleurs froides (le bleu, le vert, le blanc, ...) qui révèlent les zones de clarté qui dirigent le regard du spectateur.
La seule exception à cette règle, c'est la lumière en opposition avec l'obscurité. Car cette fois il y a un effort conscient de la part de l'artiste de mettre en évidence cet élément en le plaçant dans un contexte opposé.
Un tableau caractéristique de cette technique, c'est celui de Georges de La Tour qui représente "Saint-Joseph".

Saint Joseph charpentier (La Tour).jpg

Georges de LA TOUR (1593-1652), Saint Joseph charpentier, 1642.
Musée du Louvre.

Lorrain d’origine, peintre ordinaire du roi en 1639, Georges de la Tour est célèbre pour ses jeux d’ombre et de lumière. Son tableau Saint Joseph charpentier est bien caractéristique de son style : intérieur en clair-obscur, éclairé par une bougie. Le personnage dont le visage est illuminé est l’enfant Jésus: il éclaire et observe le travail de son père Joseph.
Ce tableau date de 1640, sa lumière nous touche comme si elle nous était contemporaine. Il faut dire que l'artiste exploite la beauté et la mémoire de la bougie si naturelle à son époque et si rare à la nôtre.  Les corps du tableau sont certes éclairés par la lumière de l'Unique bougie mais en réalité ils sont à peine esquissés pour définir par l'absence la lumière de celle-ci. 
La présence absence de la lumière permet de focaliser le regard sur la partie lumineuse du tableau. Nous pouvons aussi percevoir une opposition entre le mat et le brillant. L'un est utilisé pour les habits et l'autre pour les corps. Cet autre aspect de la lumière qui dépend aussi du grain de la réalisation est fondamental quant au réalisme de la peinture. Pourtant cet effet peut être relativement discret comme le montre un tableau de la même époque.


En effet "La famille de paysans"  de Louis Le Nain exploite la lumière par sa négation. Elle est dépourvue de la luminosité, elle semble plus tamisée comme si elle devait être tendre avec les personnages du tableau. Elle crée ainsi un mélange triste qui n'est pas sans rappeler celui de la bougie. Mais cette fois il s'agit d'un feu de cheminée même si l'éclairage des visages provient d'une autre source de lumière, celle-ci demeurant invisible au regard du spectateur, créant ainsi un paradoxe visuel. Nous assistons ainsi à une mise en perspective de la lumière qui donne du relief à la réalisation de la peinture et via cela du réalisme à la scène décrite

 

"Une famille de paysans dans un intérieur" - Louis Le Nain
Huile sur toile
H. : 1,13 m. ; L. : 1,59 m.

Une famille de paysans s'est réunie près d'une cheminée. Deux personnages sont assis devant une petite table et dirigent leurs regards vers le spectateur, ainsi que la mère sans doute, assise devant l'âtre et tenant une cruche posée sur ses genoux et un verre de vin rempli aux trois quarts. Tout à droite, une fillette de profil,  debout et un petit garçon assis les jambes allongées près d'un petit chat à demi caché par une marmite posée sur le sol. Au centre, un jeune garçon, pieds nus, accompagne d'une flûte le crépitement des bûches de la cheminée devant laquelle trois autres bambins font un peu bande à art. Le peintre transcende une réalité crue - mais nullement cruelle - et lui confère une dignité morale, voire religieuse, dont devaient certainement être friands ses commanditaires. Le coloris assez restreint donne l'occasion au peintre de montrer un grand talent dans la mise en place subtile de la lumière . L'ampleur et la présence des figures, le format du tableau, qui égale les peintures d'histoire, la poésie grave et noble que dégage la composition, font de cette peinture l'un des plus grands chefs-d'œuvre des Le Nain

Un autre tableau des Le Nain vers 1640 dont la lumière vient d'une forge qui éclaire le forgeron et sa famille qui regarde le spectateur fixement :


Les frères Le Nain, "La Forge"
Huile sur toile. Musée du Louvre, Paris.

A droite du tableau les 2 personnages ont l'air de ne pas faire partie de la famille et regardent le feu, source de lumière.


Ces deux  français ont eu un précurseur. En 1501, Giovanni Bellini peint un "Doge" où la lumière révèle le grain de sa peau :

File:Giovanni Bellini, portrait of Doge Leonardo Loredan.jpg

"Le Doge Leonardo Loredano" de Giovanni Bellini (1501)

Le Caravage :

Dans la plupart de ses tableaux, les personnages principaux  sont dans l’obscurité : une pièce sombre, un extérieur nocturne ou bien simplement un noir d’encre sans décor. Une lumière puissante et crue provenant d’un point surélevé au-dessus du tableau enveloppe les personnages à la manière d’un projecteur sur une scène de théâtre, comme un rayon de soleil qui percerait à travers une lucarne. Le cœur de la scène est particulièrement éclairé, et les contrastes saisissants ainsi produits confèrent une atmosphère dramatique et souvent mystique au tableau.

Fichier:Caravaggio - Martirio di San Matteo.jpg

Martyre de saint Matthieu,1600,
huile sur toile, 323 x 343 cm,
Rome, chapelle Contarelli, San Luigi dei Francesi.

La lumière du soleil traverse le tableau pour se déverser  en son centre, sur le corps blanc de l’assassin et les tenues claires du saint martyre et du jeune garçon terrifié, contrastent avec les vêtements sombres des témoins disposés dans la pénombre de ce qui semble être le chœur d’une église. Le saint écarte les bras comme pour accueillir la lumière et le martyre ; ainsi l’exécuteur, ne portant qu’un voile blanc et pur autour de la taille, semble un ange descendu du ciel dans la lumière divine pour accomplir le dessein de Dieu.

  • Autre exemple d'un tableau du Caravage, qui fit  scandale à l'époque, qui représente la vierge :

Fichier:Caravaggio - La Morte della Vergine.jpg

La Mort de la Vierge, 1605-1606
huile sur toile, 369 x 245 cm, Musée du Louvre.

Ce tableau fit scandale, notamment auprès de l'Église, pour la représentation très réaliste du corps de la Vierge Marie avec un ventre gonflé – accompagné de rumeurs sulfureuses selon lesquelles le modèle aurait été le cadavre d’une prostituée enceinte retrouvée noyée dans le Tibre.

  • Autres exemples du Caravage, d'usage de la lumiére :

Le Caravage - Saint Mathieu et l'ange (1602)
- Huile sur toile, 232 x 183 cm

 

Fichier:Le Caravage - L'extase de Saint François.jpg
L'extase de Saint François (1595)

Le Caravage a peint majoritairement des sujets religieux et toute son œuvre montre qu'il était très croyant, d'une manière sans doute très mystique. Pourtant, ce qu'on sait de sa vie aventureuse et criminelle, de ses frasques sexuelles et de ses bravades face au pouvoir de l'État aussi bien que de l'église, contraste étrangement avec l'image qu'on peut se faire d'un homme pieux et dévot.
La figure humaine joue un rôle primordial dans la peinture du Caravage. À part dans quelques rares natures mortes exécutées à ses débuts, les personnages sont toujours les sujets principaux de ses tableaux : que ce soient dans des portraits ou des mises en scènes, le décor est souvent réduit à portion congrue – ne servant qu’à mettre les personnages en valeur – ou même parfois totalement absent.
Plus particulièrement encore, le corps humain est un objet de fascination pour le Caravage. Il prend grand soin à le représenter dans ses moindres détails les plus réalistes.

L'une des caractéristiques de la peinture du Caravage est son usage du clair-obscur, ou encore chiaroscuro, nom italien sous lequel on désigne souvent cette technique. Dans la plupart de ses tableaux, les personnages principaux de ses scènes ou de ses portraits sont placés dans l’obscurité : une pièce sombre, un extérieur nocturne ou bien simplement un noir d’encre sans décor. Une lumière puissante et crue provenant d’un point surélevé au-dessus du tableau enveloppe les personnages à la manière d’un projecteur sur une scène de théâtre, comme un rayon de soleil qui percerait à travers une lucarne. Le cœur de la scène est particulièrement éclairé, et les contrastes saisissants ainsi produits confèrent une atmosphère dramatique et souvent mystique au tableau.

- Rembrandt (dont la BNF a consacré une exposition de son œuvre gravée intitulée "La lumière de l'ombre". Une vidéo introduit cette exposition ; elle constitue une bonne introduction à l'usage de l'obscurité et de la clarté chez Rembrandt - vous pouvez l'écouter en cliquant ici).

Il est généralement considéré comme l'un des plus grands peintres de l'histoire de l'art baroque européen, et le plus important des peintres néerlandais du XVIIe siècle.
Rembrandt a également réalisé des gravures et des dessins. Il a vécu pendant une période que les historiens appellent le siècle d'or néerlandais (approximativement le XVIIe siècle), durant laquelle culture, science, commerce et influence politique de la puissante Hollande ont atteint leur apogée.

Rembrandt a produit environ 600 peintures, 300 gravures et 2000 dessins. Son goût pour les autoportraits (il en a réalisé une centaine tout au long de sa carrière) nous permet de suivre son évolution personnelle, tant physique qu'émotionnelle. Le peintre se représente sans concession, avec ses défauts et ses rides.

Une des caractéristiques majeures de son œuvre est l'utilisation de la lumière et de l'obscurité (technique du clair-obscur), qui attire le regard par le jeu de contrastes appuyés. Les scènes qu'il peint sont intenses et vivantes. Ce n'est pas un peintre de la beauté ou de la richesse, il montre la compassion et l'humanité, qui ressortent dans l'expression de ses personnages, qui sont parfois indigents ou usés par l'âge. Ses thèmes de prédilection sont le portrait et les autoportraits ainsi que les scènes bibliques et historiques. Rembrandt représente aussi des scènes de la vie quotidienne, et des scènes populaires. Sa famille proche – Saskia, sa première femme, son fils Titus et sa deuxième femme Hendrickje apparaissent régulièrement dans ses peintures. Il a exécuté peu de paysages peints (cela est moins vrai pour l'œuvre gravé) et de thèmes mythologiques.
L'Italie est à la mode, l'art s'en inspire. Mais Rembrandt n'en a cure. Il est hollandais, et sa peinture le sera très vite, s'affranchissant des canons esthétiques habituels. Il n'entreprend pas de lointains voyages d'étude : les paysages qu'il reproduit sont ceux de son pays. Lorsqu'il réalise des portraits ou croquis d'hommes et femmes saisis dans la rue, là aussi sa rupture avec les modes est rapide et manifeste.

Les pèlerins d'Emmaüs peint par Rembrandt en 1646 (tableau qu'admirait Van Gogh avant de peindre lui même en s'inspirant du réalisme de ses maîtres, dont Rembrandt et Millet)

 

La Toilette de Bethsabée, (1643 Metropolitan Museum, New york)

 

- Vermeer

Ce qui caractérise surtout son art, c’est l’expression de la lumière. Son usage de la lumière diffère cependant de celui de son grand prédécesseur, Rembrandt. Celui-ci, en utilisant le clair-obscur, exprimait une esthétique religieuse, illustrant l’antagonisme entre Ciel et Terre, entre lumière et ténèbres, idée chère au protestantisme. Mais le catholique Vermeer réconcilie ces deux contraires :
il cherche à matérialiser une présence invisible dans le monde visible, présence indéfinissable mais qu’il veut réelle. Il crée donc une lumière immatérielle qui sublime les personnages, où il capte et exalte la lumière
.

Le but des peintres hollandais du XVIIe siècle était de présenter sur la toile un ensemble des connaissances du monde. Et en effet, une œuvre de Vermeer n’est pas une « fenêtre ouverte sur le monde », formule qui caractérise les oeuvres d'un peintre de la Renaissance italienne, mais plutôt une carte qui montre ce qu’on sait voit.
Comment s’étonner dès lors, que le maître de Delft ait représenté deux types de savants : Le Géographe et L’Astronome. On note d’ailleurs la présence de cartes accrochées aux murs dans ces deux tableaux (cartes qu’on retrouve dans d’autres œuvres). Dans L’Astronome, qu’on peut admirer au Louvre, l’attitude du scientifique évoque peut-être davantage une quête spirituelle qu’une réflexion intellectuelle. Le Géographe, pour sa part, est en train de dessiner une carte nécessaire pour voyager à travers le monde et…. pour le parcours de la vie.

L'Astronome, musée du Louvre

types de savants : Le Géographe et L’Astronome. On note d’ailleurs la présence de cartes accrochées aux murs dans ces deux tableaux (cartes qu’on retrouve dans d’autres œuvres). Dans L’Astronome, qu’on peut admirer au Louvre, l’attitude du scientifique évoque peut-être davantage une quête spirituelle qu’une réflexion intellectuelle. Le Géographe, pour sa part, est en train de dessiner une carte nécessaire pour voyager à travers le monde et…. pour le parcours de la vie ?

 


             Le Géographe
, musée Städel de Francfort


Chez les peintres modernes

- Vilhelm Hammershoi, 

 peintre danois célèbre pour l'originalité de ses travaux et artiste très connu au Danemark.

Les portes et les fenêtres occupent une place importante dans l’oeuvre d’Hammershoi. Il peignait son appartement de la Strandgade à Copenhague.
Dans ce tableau, la fenêtre aux carreaux opaques ne laisse pas l’oeil s’évader, de même la porte fermée.
L’artiste concentre au contraire le regard à l’intérieur de la pièce, sur ce jeu de la poussière lumineuse.

Vilhelm Hammershoi, Rayon de soleil,
poussière dans un rai de lumière (1900)

 

Chez Magritte la lumière  du lampadaire éclaire la façade et se reflète dans l'eau, des petits matins blafards où le ciel luit comme en plein jour.

[empire-des-lumiere-magritte.jpg]

"L'empire des lumières" (Magritte)

Cette oeuvre (l'empire des lumières) est sûrement l'une des peintures majeures de Magritte. Ce paysage nocturne éclairé par un unique lampadaire, sous un ciel diurne, sorte de rendez-vous du jour et de la nuit illustre l'importance du thème de la lumière et du mystère dans l'oeuvre de Magritte.

Je terminerai par la lumière artificielle dans l'art contemporain avec des "habits lumineux" et une fleur qui clignotte.

http://5000k.files.wordpress.com/2009/11/galaxydress_cutecircuit.jpg

 

dicton, proverbe, maxime, citation etc...