Pourquoi Arles ?
Cézanne rencontré chez le père Tanguy, lui en a-t-il parlé ?
A Paris il a définitivement perdu sa jeunesse, sa sérénité, sa santé, ses sujets de prédilection, la "vraie vie", celle des paysans pauvres...
En pays d'Arles, il trouve la lumière, les couleurs des paysages, les travaux des champs. Mais il ne s'intègrera pas à la vie de cette petite ville de 24000 habitants à l'époque.
Il connaîtra encore la solitude lasse d'une vie de peintre qui ne pense qu'à l'art qu'il produit.
Ces nouvelles toiles traduiront la lumière des paysages. Il peindra "Arles vu des champs de blé", "la moisson". Et il continuera à faire des autoportraits.
Il travaille avec frénésie, peignant son nouvel univers avec une vivacité des couleurs et une gaité sans précédent
A Arles, il s'installe d'abord à l'hôtel puis dans la célèbre "maison jaune".
Il se promène beaucoup dans la campagne environnante, il cherche à planter son chevalet pour peindre quelques motifs du paysage (ponts, vergers en fleurs - amandiers, pêchers, abricotiers - , fleurs des champs...), des motifs bucoliques il tient un rythme fiévreux (il trouve aussi le temps d'écrire ses lettres à Théo, aux amis peintres qui comme lui galère parce qu'ils veulent inventer.
C'est à ce moment qu'il apprend de sa sœur, Wilhemie, la mort de son Cousin peintre, Mauve, qui lui a fait tenir son premier pinceau.
Il ressent comme jamais la douleur de l'exil de l'homme du nord, au nom imprononçable. La Hollande commence à lui manquer même s'il ne veut pas quitter Arles . Il écrit à sa sœur : "La palette aujourd'hui est complètement colorée, bleu céleste, orangé, rose,vermillon, jaune très vif, vert clair..." Vincent dessine tout ce qu'il découvre, d'où son étude sur les cigales... Mais Arles n'est pas la "vraie vie" à laquelle il aspire.


La maison jaune (1888)

"...Je l'ai louée à raison de 15 francs par mois. Maintenant mon désir serait de meubler une pièce,celle du premier étage pour pouvoir y coucher(...) J'espère être bien tombé cette fois-ci, tu comprends - jaune en dehors, blanc en dedans, en plein soleil, je verrai enfin mes toiles dans un intérieur bien clair." Un mois et demi après son arrivée, et un séjour à l'hôtel-restaurant Carrel, il lui faut maintenant s'installer pour peindre comme Monet, ce peintre de l'avenir qu'il imagine mal allant "dans des bordels à zouaves comme moi". "Pourvu que nous préparions des vies plus riches à des peintres qui marcheront sur nos traces." et il ajoute, : "l'atelier pourra en même temps servir aux copains."


La moisson - Vincent Van Gogh (1888)

Verger blanc (1888) VVG

 

En 1888, en Arles il peint aussi des autoportraits

et des portraits : mais les peitnures de paysages dominent faute de trouver des personnes se laissant peindre par lui. Le portrait reste son genre préféré :" c'est quelque chose d'individuel, je m'y sens dans mon élément."

 

Autoportrait réalisé en 1888 de VGG qu'il a envoyé à Gauguin, invité à Arles, avec une lettre :

Mon cher Gauguin,

    J'ai un portrait de moi tout cendré. La couleur cendrée qui résulte du mélange de véronèse  (1) avec la mine orangée sur fond Véronèse pâle, tout uni à vêtement brun rouge.

Mais exagérant moi aussi ma personnalité j'avais cherché plutôt le caractère d'un bonze simple adorateur du Bouddha éternel. [...]

 

Tout à vous, Vincent.    

    Vincent Van Gogh, le 3 octobre 1888, dans Correspondance générale.    

(1). Le véronèse (en référence au peintre italien du XVIe siècle, Véronèse) est une couleur vert bleuté.


Joseph Roulin peint en 1888 par Van Goh

Le facteur Roulin est un vrai républicain engagé qui lui rappelle le père Tanguy. ll fera plusieurs portraits de cet ami-modèle, le seul qu'il ait à Arles.

Portrait of a peasant - Patience Escalier - Vincent van Gogh - Arles 1888
Portrait d'un paysan,  Patience Escalier (1888) Van

Depuis"les mangeurs de pommes de terre", Vincent n'avait pas fait le portrait ("plus coloré" fait-il remarquer à Théo) d'un de ces paysans dont il veut partager l'existence, lui qui "laboure" ses toiles."
"Au lieu de chercher à rendre exactement ce que j'ai devant les yeux, je me sers de la couleur plus arbitrairement pour m'exprimer fortement."
C'est ce que fait Vincent en inventant une lumière jaune pour le Café de la place du forum éclairé le soir par les  seules étoiles. Tout est couleur comme ces bateaux à voiles qu'il peint aux Saintes-Marie-de-la-mer où il abandonne sa campagne pour 5 jours pendant que l'on repeint sa maison complètement en jaune.

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Portrait de Paul-Eugène Milliet, sous-lieutenant des zouaves (1888)

Vincent se décide de peur d'arracher Gauguin à la Bretagne où il a trouvé refuge à Pont-Aven, après maintes hésitations considérant qu'il n'est pas un encore un grand peintre (il n'a encore rien vendu) qui risque de lui faire perdre son temps. Mais il pense encore créer une communauté de peintres d'avant-garde et finalement il pense que c'est ici en Provence que ce doit être fait : " Tout l'avenir de l'art nouveau est dans le Midi".
Il écrit à Gauguin qu'il a invité à Arles et il dessine beaucoup. Sa peinture évolue et travaille sur des formats plus grands.

Vincent attend Gauguin. A la fin du mois de juin, il apprend à sa grande joie que Gauguin accepte de le rejoindre en Arles.

Gauguin s'est peint dans cet autoportrait qu'il a donné à Vincent :

Autoportrait avec Emile Bernard en arrière-plan, peint pour Van Gogh