A NUENEN :

Le peintre de la vie populaire.
Ses rapports avec sa famille s'améliorent. Vincent commence à peindre ses premières œuvres. Il veut que sa peinture soit dans "la vie réelle", comme celle de ses maitres dont Millet. La couleur n'est pas son souci comme dans sa peinture du Drenthe, marquée par l'assombrissement des paysages.

C'est à cette époque qu'il peindra "les mangeurs de pommes de terre"(avril 1885) :


"J'ai voulu faire en sorte qu'on ait l'idée que ces petites gens qui, à la clarté de leur lampe, mangent leurs pommes de terres en puisant à même le plat avec leurs mains, ont eux-mêmes bêché la terre où les patates ont poussé ; ce tableau évoque le travail manuel et suggère que ces paysans ont honnêtement mérité ce qu'ils mangent.".

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"Les mangeurs de pommes de terre" (Avril 1885)

Son père avait été emporté par une apoplexie peu de temps auparavant. La peine de Vincent est profonde, malgré les querelles qui les ont souvent séparés. Il peint cette toile, des mangeurs de pomme de terre,  parce qu'il veut rendre hommage à ces paysans qui vivent comme lui, chichement.
Il a 32 ans.
En novembre 1885,  il part pour Anvers, sans illusion : "il en sera probablement comme il en est de tout et partout, je veux dire que je serai déçu."
La palette de Vincent commence à s'éclaircir, il ne peint pas que des campagnes peuplées de paysans.

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Façades arrières de vieille maisons

Vu de sa fenêtre à Anvers.

A  Anvers il découvre Rubens qui lui parait si simple et qui dessine peu de choses, et s'inscrit à l'école des beaux-arts où il prend des cours de dessin et sort tard le soir pour dessiner.

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Rubens a le même age que VVG lorsqu'il peint ce portrait. Il peut encore donner des leçons à cet autodidacte.

Il part à nouveau, désargenté, sans finir le mois de février. Nous sommes le  20 février 1886, il rejoint son frère à Paris. Il espère bien ainsi faire quelques économies et faire la connaissance d'autres peintres, en particulier de ceux qu'on raille en les appelant, les"impressionnistes" :

"A Anvers, je ne savais même pas ce que c'était les impressionnistes... Et bien que je ne fasse pas partie de leur club, j'ai beaucoup admiré certains de leurs tableaux".
  Il s'inscrit à l'Atelier "Cormon" en avril 1886 où il en fréquente quelques-uns, dont Toulouse-Lautrec.

Autoportrait de Toulouse-Lautrec (1883)

Après la fermeture de son atelier, il devient l'élève de Fernand Cormon. Toulouse-Lautrec a pour camarades d'étude Rachou, Albert Grenier, Charles Laval, François Gauzi, Louis Anquetin qui deviendront ses amis. Il fera aussi la connaissance d'Émile Bernard et bien sur de Vincent Van Gogh qui vient de s'inscrire.  Sa mère achète le château de Malromè en Gironde ou Henri passera tous ses étés.
Vincent fait la connaissance du "Père" Tanguy " qui lui présente des œuvres de Cézanne qui l'impressionnèrent vivement.

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Gardanne (1886) par Cézanne

Vincent dessine avec acharnement  et étudie dans l'atelier du peintre Fernand Cormon. Il n'y trouve pas ce qu'il est venu chercher. Il n'y reste que trois mois et se lie d'amitié avec nombreux impressionnistes dont Toulouse-Lautrec. Celui-ci lui fait découvrir la vie nocturne de Montmartre.
Sa peinture est cependant bien différente de celle des impressionnistes qui pratiquaient une peinture d'avant-garde.

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La Guinguette, terrasse d'un café à Montmartre (1886)  par Vincent VG

Mais Vincent est plus intéressé par les divisionnistes, Georges Seurat et Paul Signac qui voulaient créer un néo-impressionnisme scientifique basé sur la division du spectre de la lumière.
Vincent allait explorer ces nouvelles voies dans une série de natures mortes dont "les fritillaires, couronne impériale dans un vase de cuivre" (Les fritillaires sont des plantes à bulbe qui, comme les tulipes, fleurissent au printemps).

Vincent van Gogh,Fritillaires,© RMN-Grand Palais (Musée d'Osay) / Hervé Lewandowski

" le vrai dessin, c'est le modelé avec la couleur".

 

La rue Lepic

Théo et Vincent abandonneront leur appartement de la rue Laval. Ils  s'installent plus largement au 54 rue Lepic qui serpente du boulevard de Clichy jusqu'à la Butte-Montmartre.
Théo, ravi, fera ainsi part de ses impressions :
"ce qui nous impressionne le plus dans notre appartement, c'est cette magnifique vue que nous avons sur la ville, avec, à l'horizon, les montagnes de Meudon, Saint-Cloud, etc., et un morceau de ciel surplombant l'ensemble aussi grand que le ciel qu'on peut voir en se tenant debout sur une dune. Les nombreux effets de lumière que produisent les variations de couleur du ciel constituent un sujet à peindre permettant de réaliser d'innombrables tableaux et, si tu les voyais, tu dirais qu'on pourrait même en faire un poème."
Le tableau date du printemps 1887.

Vincent peint aussi des portraits :
"je préfère peindre des yeux humains à peindre des cathédrales". Au cabaret le Tabourin, il peint Agostina Segatori, une amie, cela lui évite des modèles qu'il ne peut payer. Il est lui-même modèle pour Émile Bernard.

Agostina Segatori assise dans le Café du Tambourin

Portrait d'Agostina Segatori  par Vincent Van Gogh

Il écrit ceci à Émile Bernard :
"tu dis : « Si Signac expose là où  j'expose, je retire mes toiles », et si tu le dénigres, alors il me semble que  tu agis pas aussi bien que tu pourrais agir. Car il est mieux d'y regarder  longtemps avant de juger".

 

 

 

Le Moulin de la Galette

Le Moulin de la galette peint en 1886 par Vincent Van Gogh

Le Moulin de la Galette situé sur la butte Montmartre est fréquenté à partir des années 1860 par Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Willette, Emile Bernard, Utrillo et Renoir. Cette toile de Van Gogh date de 1886.

Van Gogh et Émile Bernard.

Bernard voit travailler Vincent à l 'atelier Cormon avant de le rencontrer chez le père Tanguy, leur marchand de couleurs. Très rapidement, malgré leur différence d 'âge - Bernard a 20 ans - ils deviennent très proches, et Bernard vient souvent passer ses soirées à l 'appartement de la rue Lepic.

En septembre, ils travaillent ensemble à des portraits du père Tanguy.

En novembre, l 'exposition au "Grand Bouillon" regroupe Anquetin, Bernard, Lautrec, Koning, Guillaumin, les Pissaro...

Suite à une lettre de Bernard qui se dit déprimé et isolé, Vincent écrit à Théo : « Bernard est au fond un tel tempérament ! il est quelquefois fou et méchant mais certes ce n 'est pas moi qui ai le droit de le lui reprocher cela, parce que je connais trop moi-même la névrose, et je sais que lui ne me reprocherait pas non plus ».

Émile Bernard - Autoportrait  ; Le père Tanguy par Vincent VG

On aperçoit sur le mur des estampes japonaises et VVG qui les a aimées chez le père Tanguy les collectionne.

Van Gogh, qui espérait pouvoir vivre de sa peinture en vendant des paysages aux touristes et des portraits, avant de passer à des choses plus conséquentes selon son expression, améliorera sa technique en réalisant plusieurs autoportraits. Il écrira à son frère Théo :
"Si j'arrive à pouvoir peindre la coloration de ma propre tête, ce qui n'est pas sans présenter quelque difficulté, je pourrai bien aussi peindre les têtes des autres bonshommes et bonnes femmes". Il écrira plus tard : "On dit et je le crois volontiers qu'il est difficile de se connaître soi-même. Mais il n'est pas aisé de se peindre soi-même !".

Premier autoportrait de Vincent réalisé en 1886 à Paris                           Autre autoportrait réalisé en 1886

Van Gogh réalisera trente-cinq autoportraits qui permettent de suivre à la fois les signes de sa maladie et l'évolution de son style.  Sur le premier, réalisé à Paris en 1886, Vincent porte un chapeau et une barbe soignée. Le regard fixe, qui caractérisera tous les autoportraits, est déjà présent.
Vincent utilisera souvent des matériaux bon marché ou d'anciennes pour ses autoportraits. Quatre d'entre eux seront peints sur d'autres tableaux, sept au revers d'anciennes études exécutés au Nuenen et sept autres sur du carton, bien meilleur marché que la toile.

De tous ses autoportraits, Van Gogh sera particulièrement attaché à l'un de ceux réalisés début 1889 lors de son séjour à l'asile de Saint-Rémy, à peine dix mois avant son suicide. C'est le seul qu'il récupérera chez son frère Théo à Paris, avant de se rendre à Auvers pour le montrer et le donner, en signe de gratitude, au docteur Gachet.

iLa plupart des œuvres de cette époque ne portent pas la touche personnelle de Vincent qui disait vouloir peindre les pauvres.Il a beaucoup peint et travaillé avec acharnement mais a-t-il exprimé ses propres visions  Il était venu à Paris en espérant être plus connu des milieux artistiques. il a surtout fréquenté les impressionnistes qui commençaient à être plus acceptés des parisiens.Mais il n'a rien vendu directement.
Finalement, Van Gogh est fatigué dépressif et souhaite quitter l'agitation de Paris, ses  hivers  rigoureux pour le sud de la France où il a l'espoir de fonder une communauté d'artistes. Ce sera sa période à Arles où il viendra Gauguin...Un début de communauté où il partageront leur la vie et le travail de peinture.

Autoportrait avec portrait de Gauguin (1886)