Matisse à Nice. Ça rime.

Hôtel Beau-Rivage Décembre 1917. Matisse loue une chambre de cet hôtel situé face à la baie de Nice, à côté de l'Opéra, le marché aux fleurs et aux légumes du Cours Saleya et la vielle ville.
  Matisse est venu à Nice pour soigner une bronchite mais à son arrivée à Nice il plut tout un mois."Finalement je décidai de quitter la ville. Le lendemain le mistral chassait les nuages, il faisait un temps magnifique. Quand j'ai compris que chaque matin je reverrais cette lumière, je ne pouvais croire à mon bonheur. Je décidai de ne pas quitter Nice, et j'y ai demeuré pratiquement toute mon existence". Il fit seulement une escapade à Vence, en 1943 (jusqu'en  novembre 1949) pour échapper au bombardement de Nice. Il y revint peu de temps après dans l'ancien hôtel Régina (sur la colline de Cimiez) et y finira ses jours jus qu'en 1954. Vers les années 50 il décora la Chapelle de Vence.

C'est là, à Nice, dans l'oliveraie de Cimiez que je l'ai rencontré pour la première fois. Voisin de l'ancien hôtel Régina où il résida longtemps, le parc de Cimiez, site actuel du musée Matisse, était le lieu de promenade plus proche pour Matisse.
Le musée était en réfection (nous devions être en 1989, année qui vit une extension de ce musée), depuis j'y suis retourné souvent, me rendant régulièrement à Nice.

Devant la porte close, nous avions voulu bénéficié de ce cadre merveilleux et nous fîmes le tour de cette belle bâtisse au rouge éclatant duquel ne se détachaient que des persiennes rabattues.
Cette colline est tranquille, dans la ville, abrite aussi une abbaye et domine la baie. une fois par an elle accueille un festival de jazz qui vient rompre le silence apaisant de cette ville tonitruante en son centre.

 

 

Ce musée matisse a été construit dans une demeure appelée la Villa des arènes, parce qu'elle est construite près des arènes romaines en ruines.

J'aime ce peintre paisible qui me rappelle les vacances et cette charmante colline ensoleillée et champêtre. J'ai vu dans le journal, que son pays natal de Cateau-cambrésis (où un musée a aussi été érigé avec la bénédiction du maitre), lui rendait encore hommage en  présentant des tableaux et des dessins représentant un modèle russe et des peintures dont elle  fit don aux musées Pouchkine de Moscou et de l' Ermitage de Saint-Péterbourg.
Le peintre fit  sa connaissance à Nice, alors que les Matisse recherchaient une dame de compagnie et qui mourut dans cette ville du Nord en 1994, il y a seulement 14 ans et où elle veilla sur  les œuvres de son maître, ce qu'elle fit jusqu'à la fin de son existence avec rigueur et passion. Nous étions en 1932, elle venait d'avoir 22 ans dont la beauté et les courbes parfaites fascinait le peintre qui la peignit, pas nécessairement nue,il lui adressa des mots doux dessinés. En 1942, il réalisa un portrait d'elle  :

http://www.henri-matisse.net/paintings/tr.jpg

Le portrait de Lydia Delectorskaya, par Matisse

Son visage divisé en deux symétriquement par 2 couleurs primaires, bleu et jaune éclairé par un nez fin. Matisse se souvient qu'il fut "fauve" dans sa jeunesse où il réalisa un portrait de sa mère où les couleurs vives divisent aussi un visage songeur surmonté d'une chevelure domestiquée et bleutée.

http://dafina.net/forums/file.php?49,file=212604,filename=Mme_Matisse_1905.jpg

 

 

Portrait de madame Matisse à la raie verte (1905)...                  
Madame  Matisse au chapeau (1905)

...La recherche formelle est plus importante encore, la couleur se substitue à la ligne pour marquer le volume, l'opposition entre les deux taches rouge et mauve, chaudes à gauche et le vert à droite suffisent pour exprimer la profondeur.
Nul besoin non plus d'accessoire pour suggérer la profondeur comme     dans la peinture classique de portrait. Le traitement du nez prouve, qu'au     clair-obscur et au modelé, on peut opposer une simple ligne verte pour     marquer l'ombre et deux taches vertes pour le modelé.

Ce portrait rappelle celui de sa mère chapeautée, peint à la même époque et avec la même expression.

Ce modèle fut une inépuisable source d'inspiration pour Matisse, avec les courbes roses de sa peau et les carreaux bleus du couve-lit, sur lequel elle est allongée, endormie, comme  dans cette peinture de1935 qu'il nomma le rêve :

Le Rêve, 1935

 

 

                         Nu rose assis

En 2002, j'ai pu voir au Centre Pompidou l'exposition consacrée aux deux peintres libres les plus célèbres du 20ème siècle. Matisse a peint un  nu rose en 1935 comme le tableau intitulé le rêve.

http://img.allposters.com/6/LRG/20/2031/N524D00Z.jpg

On pouvait y voir une femme allongée de Picasso, où le corps est disloqué, disproportionné, où la perspective a été abolie, mais il reste la peau rose de Matisse et le couvre-lit à carreaux du Rêve devenu carrelage dont la dureté et la froidure tient éveillée le Nu rose.

Il efface, il enlève pour obtenir des couleurs pures qui suggèrent les poses comme s'il s'agissait d'un tableau abstrait.
Difficile conquête de la simplicité.
Elle prendra 9 mois pour La blouse roumaine qu'il efface quotidiennement. Mais le modèle reste. Sa présence nécessaire est continuelle. Matisse ne "peint que des objets pensés avec des moyens plastiques".

La blouse roumaine (1940)

Matisse a aussi peint des objets qui orne son quotidien et ses recherches plastiques comme ce fauteuil-rocaille aux formes courbes.

Fauteuil rocaille  (1946)

A partir de la collection d’objets personnels de l’artiste conservée au musée, cette présentation permet d’aborder  la place de l’objet dans l’œuvre de Matisse.
L'objet est un élément essentiel de la  création d’Henri Matisse en tant que source d'inspiration permanente. Le  peintre s'entoure dans ses différents lieux d'habitation et de travail de  nombreux objets d’origine et de valeur diverses, trouvés chez des antiquaires, des brocanteurs ou rapportés de voyage.

Mon  but est de rendre mon émotion. Cet état d’âme est créé par les objets qui  m’entourent et qui réagissent en moi […]

 

Matisse et ses colombes

(Photo de Cartier-Bresson)

http://www.musee-matisse-nice.org/expositions/2009/objets/rocaille.jpg-

C'est ça sa véritable palette, palette d'objets avec lesquels le hasard les loisirs et la pensée du peintre jouent à ne plus en finir, jusqu'à l'apparition d'un de ces rapports entre un fruit et une table, entre une feuille et une femme, qu'il faut que toute chose cessante Matisse fixe à jamais".

Intérieur bleu et jaune

Intérieur Jaune et Bleu

Des objets familiers, un des fauteuils rocaille. Une nature morte que l'artiste fait revivre dans les couleurs de ses sentiments pour la fidèle Lydia.

Le 25 juin 1951, inauguration de la Chapelle du Rosaire à Vence.


Vitrail       bleu pâle

Chapelle construite entre 1949 et 1951, conçue et réalisée par le peintre Henri Matisse (1869-1954). Le Révérend Père L.-B. Rayssiguier collabore avec Matisse sur le plan liturgique, tandis qu'Auguste Perret joue un rôle d'architecte-consultant. L'architecte d'exécution est L. Milon de Peillon. La décoration réalisée par Matisse est son oeuvre ultime et comprend des vitraux (exécutés par Paul Bony), des panneaux de céramiques (exécutés par Le Bourdillon, céramiste d'Aubagne) et l'ensemble du mobilier liturgique.

 


Matisse meurt au Régina le 3 novembre 1954.
Il repose au cimetière de Cimiez.