Soulages :

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-Catalogue de l'exposition proposé par le Centre Georges Pompidou.

 

Le centre Georges Pompidou propose une rétrospective "Pierre Soulages" du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010. Seront présentées des œuvres peintes de 1946 à nos jours. Cette exposition a lieu pour fêter son 90ème anniversaire alors qu'il peint encore. Cette exposition constitue un évènement à plus d'un titre. Il est considéré par les spécialistes comme le peintre français vivant parmi les plus importants. Il peint depuis 60 ans et c'est la première fois qu'un musée consacre une si grande place à un peintre vivant.

C'est l'occasion de se demander ce que représente véritablement l'abstraction dans la peinture (est-ce un simple gribouillage, de personnes qui ne savent pas ou plus peindre ?) et de le comparer à ceux qui reproduisent la nature en étant sur le motif même, ceux qui sortent de leur atelier pour battre la campagne et rapporter des scènes agrestes (dont les peintres sont maintenant adulés sous le nom d'impressionnistes, les réalistes tels "Millet ou Courbet",

 

Au 19ème siècle sont admis du bout des lèvres parmi les peintres officiels de l'époque. L'académie des beaux-arts leur préfère les néo-classiques tels David ou Ingres.

 

 

 

Le sacre de Napoleon par David

Apparut le mot "pompier" pour désigner, en le tournant en dérision, cet art académique défendu par l'institution officielle que constituait l'Académie des Beaux-Arts de Paris. Ce mot évoque "pompeux", "pompe".

L'enseignement de l'académie reposait sur les principes suivants:

  • affirmation du dessin qui prime sur la couleur
  • approfondissement de l'étude des nus et de l'anatomie
  • privilégier le travail en atelier plutôt qu'en plein air
  • imiter les anciens, la nature
  • .
    Gérôme
    , Phryné devant l'Aréopage (1861)
    Art pompier de Gérôme

 

Ces principes se figent et au 19ème siècle deux écoles de peinture vont s'affronter :

- les tenants de l'académisme qui sont passés par l'école des Beaux Arts qui régnaient sur les institutions comme le Salon qui permettait de se faire connaitre et les avants gardistes,
- les tenants de la modernité qu'on appela les "impressionnistes". Ces novateurs durent exposer en dehors des institutions.

En 1863, des toiles des impressionnistes furent refusés au Salon et Napoléon III en signe d'apaisement, permit l'ouverture d'un salon parallèle, le "salon des refusés" où
Manet exposa "le déjeuner sur l'herbe" (Voir ci-dessous), qui provoqua un scandale chez les critiques. Œuvre très controversée à l’époque où une femme nue ne se mélange pas à deux hommes habillés ; le premier titre de cette œuvre fut "Le bain":

Le déjeuner sur l'herbe- Édouard Manet

Chacun des impressionnistes développa par la suite sa propre "impression", ils étaient seulement soudés par l'ambition d'inventer "une expression objective de la vie moderne".
Autre œuvre de Manet, peinte en 1865 intitulé "Olympia" qui devenu le symbole de la modernité, qui heurtait en effet les conventions en montrant une jeune femme déshabillée dans son cadre de vie quotidien ( c'était ni un nu biblique ni mythologique).

"Olympia", Edouard Manet, 1865

Puis le Salon des indépendants en 1884 et le Salon d'automne en 1903 où des "impressionnistes" furent exposés, bousculèrent le monopole du Salon officiel.
Ce fut à la fin du siècle l'apparition d'un véritable marché de l'art et des galeries, souvent dirigés par des amateurs des nouveaux courants :

 

 

 

 

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Coteaux de la Seine Camille Pissarro

 

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Le jardin des Mathurins, Pontoise 1876

Camille Pissaro a peint quelque trois cents tableaux à Pontoise entre 1866 et 1883.
Ces tableaux constituent avec les gravures et les innombrables dessins, aquarelles et gouaches qui représentent la ville et ses environs, ce que l'on peut sans doute considérer comme le portrait le plus attentif d'un site français au XIXè siècle. Les représentations de Pontoise que donne Pissarro en 1876 vont des scènes représentant les travaux agricoles traditionnels à la grande scène de jardin d'agrément:
"le jardin des Mathurins, Pontoise".

Aucun membre du cercle des impressionnistes n'a joué, dans le destin du mouvement, un rôle aussi décisif que Pissarro lui-même.

  • - 1897, entrées de Manet, Degas, Pissarro, Monet, Renoir, Sisley et Cézanne dans une institution officielle, le musée du Luxembourg et Caillebotte qui y ait aussi reçut devient le mécène des impressionnistes
  • 1899, exposition de Cézanne à la galerie Georges Petit

 

 

 

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La montagne Sainte-Victoire - Cézanne

- 1900, exposition des "impressionnistes" à l'exposition de l'Art Français
- 1901, rétrospective Van Gogh qui marque Maurice Vlaminck. La même année exposition Picasso chez Ambroise Vollard.

 

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Chambre à Arles (Van Gogh) Les Ménines (Vélasquez)

 

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(les ménines de Picasso)

- En 1905, Marquet, Matisse, Derain, Vlaminck exposent ensemble au Salon d'Automne et un critique pour les railler les nomment "les Fauves".
La roue de la novation tourne.
Il s'agit toujours de reproduire la nature, d'un art figuratif, même s'il s'agit de bousculer ceux qui deviennent de nouveaux académiques.

Pourtant, l'impressionnisme, si révolutionnaire qu'il fut alors, nous semble aujourd'hui, avec le recul du temps, bien davantage entretenir des liens étroits avec la tradition, et constituer l'aboutissement esthétique d'une création artistique liée à la représentation réaliste.
S'il fallut trente ans pour que les yeux de leurs contemporains s'habituent à la peinture des impressionnistes, c'est bien parce que celle-ci remettait en cause des siècles de peinture académique et codifiée. Les peintres impressionnistes, tout en maintenant le lien avec la peinture du monde réel, se sont totalement affranchis du carcan du passé, par le libre choix des thèmes qu'ils abordaient pris dans la vie quotidienne de tout un chacun, et par un mode de représentation picturale entièrement nouveau.

Ce lien avec le monde du réel, considéré jusqu'alors comme la chose la plus normale du monde, - quand il perdra par la suite au cours du XX ième siècle tout caractère obligatoire - , l'impressionnisme a su en donner une vision moderne, choisissant des thèmes in-abordés en peinture, s'affranchissant des canons picturaux ancestraux pour inventer une nouvelle technique picturale répondant au désir de privilégier en peinture l'"impression" instantanée sur la construction de l'esprit.

Le succès durable de l'Impressionnisme ne tient-t-il pas d'abord à ce que nous sommes sensibles à la fois à sa modernité et à son traditionalisme ?

Bien sûr, l'impressionnisme ne saurait se réduire à ce seul aspect, il est aussi un parti-pris de peindre la réalité réjouissante, celle des loisirs, de la beauté de la nature, une quête sans fin de lumière...Bref, un certain art de vivre qui rejoint bien des aspirations de notre société.

Plus près de nous, bien que Magritte se défendent d'imiter la nature, celui-ci n'est pas un peintre abstrait : " ceci n'est pas une pipe" , dit-il pourtant.

 

 

 

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Ce n'est pas une pipe en tant qu'objet mais la peinture d'une pipe, ce truisme montre que le peintre, artiste qui innove, s'interroge sur ce qu'il peint et l'abstraction n'est autre que le résultat d'une interrogation du peintre sur la peinture elle-même où l'on ne reconnait absolument rien du trait sur la toile qui viendrait parasiter la réflexion. La couleur devient alors privilégiée : à l'instar du bleu Klein.

 

 

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Cela peut désorienter. On ne sait pas ce qu'a voulu exprimer le peintre et on est livré à sa propre méditation, à son doute intérieur, alors on tente de reconnaître quelque chose, on se raccroche à quelque chose de familier, c'est comme une devinette, comme un jeu, là on reconnait un bateau, là une équipe de footballeurs, comme chez Nicolas de Stael.

 

L'autre raison pour se pencher sur Soulages est d'essayer de comprendre, le rejet que suscite l'abstraction, la peinture qui innove en général, qui casse les carcans des codes. Ceux qui sont dans cette quête, qui manifeste un quelconque intérêt pour cette peinture sont taxés de "snobs", c'est le snobisme dont ils font preuve qui les pousse à aimer cet art comme le chante Boris Vian(dont on fête le centenaire de la naissance, déjà!) et comme en a débattu Yasmina Réza dans la pièce de théâtre "Art" qui met en scène 3 amis dont un vient d'acheter une œuvre qui désoriente les deux autres, "blanc sur fond blanc. Comme dirait Coluche, "il y a une lessive qui lave plus blanc que blanc c'est OMO anti-redéposition".

 

 

Le "carré blanc sur fond blanc"
Huile peine par Kasimir Malevitch en 1918.

(L'audace attend la fin de la 1ère guerre mondiale pour s'exprimer)

Malevitch a utilisé deux blancs différents qui lui ont permis de faire que l'on distingue le carré blanc sur la toile.
Cette œuvre est exposé actuellement au Musée d'Art moderne de New-York (le MoMa), qui a fait des petits depuis, par exemple à Paris, Nice...

 

 

 

Niki de Saint-Palle, exposé au Mamac (Musée d'Art Moderne et Contemporain) de Nice

Dans l'abstraction, on voit que la couleur prend tout son sens. Pour imiter la réalité, il reste la photo, quoique elle puisse elle aussi être détournée, falsifiée pour devenir un art qualifié de mineur. L'image est plus importante que le son au cinéma, même si David Linch nous prouve le contraire.
A Klein le bleu, à Malevitch le blanc, à Soulages le noir avec Hans Hartung ou Tapies (le noir se porte bien). Mais comme il y a blanc et blanc il y a noir et noir.
Les teintes sombres, le noir obtenu avec le brou de noix ou avec le goudron dès 46, vont peu à peu s'éclairer chez Soulages, souvent par contraste avec le blanc qui apparait dans les interstices du noir.

 

 

 

L'espace de la toile se structure, s'organise autour du noir et de quelques autres rares couleurs, comme ocre, le bleu, ou le rouge... Puis bientôt le noir recouvre, envahit la toile avec élégance, détermination, vigueur, même s'il reste encore quelques échappatoires de blanc.

Soulages : "peinture, 30 avril 1972"


Copyright Soulages

L’”obscure clarté” disait Victor Hugo.

La masse de blanc devient de plus en plus grande pour se rétrécir à nouveau jusqu'au noir absolu," l'outre-noir" comme l'appelle Soulages qui ne peindra que des toiles complétement recouverte de noir plus ou moins épais, de différentes formes révélées par la lumière qui s'accroche dessus

et que met en valeur l'accrochage des toiles, non habituel, entre lesquels se promène le visiteur qui pour utiliser tout le potentiel spatial qui permet la réflexion de la lumière.

On le devine ici. C'est la couleur noire qui met en relief la forme, aboutissement de l'œuvre du créateur qui crée toujours.

Autres abstraits dont j'ai pu voir les expos :
Pollock au Moma

 

Basquiat au musée Maillol

De Picasso à Basquiat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Joan Mitchell à Giverny au musée des impressionnistes

Exposition Joan Mitchell Giverny France 2009

Mais peut-être vous êtes définitivement pas snob, pas chébran et préférez-vous l'art officiellement reconnu par les autorités institutionnelles, alors vous préférez les images d'Épinal ou Soviétique ou Chinoise de l'époque ou elle était encore anticapitaliste, mais aujourd'hui elle reste communiste et fête sa puissance économique (la Chine ne vient-elle pas de conquérir la place de deuxième puissance économique mondiale ?).